
Le président Congolais Félix Tshisekedi a surpris en tendant publiquement la main à son homologue rwandais Paul Kagame, lors du Forum Global Gateway organisé par l’Union européenne à Bruxelles. Un geste symbolique présenté comme un appel à la paix, mais qui suscite à la fois espoir et méfiance dans les capitales africaines.
« La paix entre la RDC et le Rwanda n’est pas une option, mais une nécessité », a déclaré le chef de l’État congolais, soulignant que Kinshasa et Kigali sont “les deux seuls acteurs capables de mettre fin à l’escalade” dans l’Est du Congo.
Félix Tshisekedi a affirmé qu’il ne demandait pour l’instant « Aucune sanction » contre le Rwanda, mais qu’il attendait de Paul Kagame « Un geste concret » en faveur de la désescalade.
Le président congolais a insisté sur le fait que le dialogue ne peut se faire que sur la base du respect de la souveraineté et de la cessation du soutien au M23, accusé par Kinshasa et les Nations unies d’être appuyé militairement par Kigali.
Prenant la parole à son tour, le président rwandais Paul Kagame a répondu de manière énigmatique et critique.
« Nous sommes ici pour discuter de partenariat, mais le sens du terme varie selon les personnes. Pour certains, il s’agit de donner des instructions et de se plaindre », a-t-il lancé.
Une phrase perçue par plusieurs observateurs comme une pique directe à l’endroit de Félix Tshisekedi, qui accuse depuis plusieurs mois le Rwanda de soutenir le mouvement politico militaire de l’AFC/ M23 opérant dans le Nord et sud-kivu.
Kagame n’a toutefois pas fermé la porte à un dialogue, tout en rappelant que les questions de sécurité doivent être traitées dans le cadre du mécanisme conjoint de coordination déjà établi entre les deux pays.
Cette séquence intervient alors que les combats se poursuivent dans le nord et Sud-Kivu où les Forces Armées de la RDC (FARDC) affrontent l’AFC/M23. Sur les réseaux sociaux, l’opposition congolaise a vivement critiqué la “Main tendue” de Tshisekedi, la qualifiant de revirement politique incohérent.
Delly Sesanga, membre de l’opposition, a d’ailleurs ironisé :
« De la moindre escarmouche à ça… Tout ça pour ça ! Où est la ligne ? Le Congo mérite sans doute mieux. »
De son côté, le mouvement rebelle M23, par la voix de son coordonnateur adjoint Bertrand Bisimwa, a qualifié l’initiative de “Théâtre diplomatique”, affirmant que le président congolais n’avait pas respecté les engagements pris lors du processus de Doha.
Pour les observateurs, le geste de Tshisekedi s’inscrit dans une stratégie de repositionnement international, alors que la RDC cherche à rassurer ses partenaires occidentaux tout en consolidant son image d’acteur de paix dans la région.
Mais sur le terrain, la méfiance reste entière. Sans cessez-le-feu effectif ni retrait des troupes rwandaises présumées, la main tendue de Bruxelles pourrait rester sans effet, comme tant d’autres initiatives avant elle.
Eddy Morgan
