
Un rapport publié par la CIDHC, couvrant la période de janvier à avril 2026, dresse un tableau sombre de la situation des droits humains dans le territoire de Walikale, au Nord-Kivu, évoquant des assassinats de civils, des arrestations arbitraires, un système carcéral défaillant et une prolifération de barrières routières illégales.
Dans ce document, l’organisation souligne que les violences contre les civils sont largement sous-estimées en raison d’un climat de peur.
« Les sept cas documentés d’assassinats des civils ne constituent vraisemblablement qu’une fraction visible d’un phénomène beaucoup plus étendu et fortement sous-déclaré », indique le rapport.
Les enquêteurs décrivent des pratiques particulièrement préoccupantes, notamment des exécutions extrajudiciaires.
« Des exécutions sommaires, souvent perpétrées sans confrontation préalable, ni tentative d’arrestation, ni respect des garanties minimales prévues par la loi », précise le document.
Le document évoque également un ciblage des civils non armés ainsi qu’une absence d’intervention ou de réaction des forces de sécurité dans certaines zones sous leur juridiction.
Le rapport relève un cas jugé emblématique dans le groupement Walowa Uroba, où un jeune homme aurait été brûlé vif.
« L’absence totale d’enquête crédible sur cet incident renforce les préoccupations relatives à l’impunité et à la banalisation des violences extrêmes », notent les auteurs.
De manière générale, les familles des victimes seraient abandonnées à elles-mêmes.
« Dans la quasi-totalité des cas documentés, les familles des victimes n’ont bénéficié d’aucune assistance institutionnelle, ni accompagnement judiciaire », souligne la CIDHC.
Le rapport dénonce par ailleurs un recours systématique aux arrestations arbitraires, présentées comme un mécanisme structuré.
« Les arrestations arbitraires observées à Walikale s’inscrivent dans une logique systémique, organisée et répétée, où la privation de liberté devient un instrument de contrôle social et de captation économique », affirme le document.
Parmi les pratiques relevées figurent des interpellations sans mandat, des détentions prolongées sans accès à un avocat et des paiements exigés pour obtenir la libération. Un cas emblématique est cité, celui d’un acteur du secteur du transport.
« Sa détention serait motivée par le fait qu’il serait devenu ‘un élément gênant’ », rapporte le rapport.
Concernant les conditions de détention, le rapport décrit une situation critique.
« Une surpopulation extrême, atteignant parfois jusqu’à trois fois la capacité prévue », ainsi que « l’absence quasi totale de prise en charge alimentaire » sont notamment relevées. La CIDHC dénonce surtout « l’exigence de payer en argent liquide l’accès à des besoins vitaux constitue une forme d’extorsion institutionnalisée ».
Enfin, l’organisation pointe la prolifération des barrières routières illégales, devenues selon elle un système structuré d’exploitation économique.
« Les barrières routières ont largement dérivé de leur fonction sécuritaire initiale pour devenir un mécanisme central d’extraction illégale de ressources », indique le rapport, évoquant des paiements systématiques imposés aux usagers.
Au terme de son analyse, la CIDHC conclut à « une inertie institutionnelle profonde », susceptible d’être interprétée comme une tolérance implicite face à des violations graves des droits fondamentaux, notamment du droit à la vie et à la liberté.
Eddy Morgan
