Le Rwanda réagit argumentairement aux dernières accusations concertées de la Monusco, des États-Unis d’Amérique, de l’Union européenne et de la République d’Angola. Des déclarations concurrentes de pays et d’organisations internationales qui, dit Kigali, se sont empressées de condamner la récente prise de contrôle du territoire du Masisi par l’AFC/M23.
Olivier Nduhungirehe, ministre rwandais des affaires étrangères s’étonne de constater que la plupart de ces déclarations accusent une nouvelle fois le Rwanda de soutenir le M23, avec un langage biaisé et simpliste, évoquant la violation de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de la RDC.
“Il est toutefois décevant de constater qu’aucune de ces déclarations ne rappelle que de nombreuses parties du territoire de Masisi sont/étaient aux mains des génocidaires des FDLR, qui est une force étrangère qui occupe un territoire congolais”.
Le ministre rwandais tire la leçon qu’à aucun moment ces pays n’ont condamné la violation permanente de l’intégrité des terres congolaises appartenant aux communautés congolaises, y compris les Tutsi congolais.
“Tout se passe comme si une force génocidaire rwandaise était plus légitime sur le sol de la RDC qu’une communauté congolaise qu’elle tente d’exterminer”, a-t-il poursuivi.
Une communauté internationale qui cautionne les criminels

Le Rwanda soutient que la question des mercenaires européens, qui ont été déployés dans l’est de la RDC pour soutenir, en violation flagrante du droit international, une coalition militaire comprenant les FARDC, les génocidaires FDLR, le CMC Nyatura, la milice criminelle Wazalendo et les forces burundaises, n’a pas encore été abordé.
“Même l’Union européenne et ses États membres, d’où sont originaires ces mercenaires, restent silencieux et inactifs face aux activités criminelles de ces mercenaires”, développe Olivier Nduhungirehe.
Abordant précisément le contenu de la déclaration de l’UE, ainsi que les déclarations d’autres pays, le gouvernement rwandais regrette que ces puissances ne parviennent pas non plus à s’attaquer aux causes sous-jacentes du conflit actuel, à savoir “La marginalisation des Tutsi congolais, victimes de discours de haine, de discrimination et de persécution”.
Pourtant, affirme Olivier Nduhungirehe, les communautés congolaises d’origine rwandaise existent depuis plus d’un siècle en RDC en raison des frontières coloniales artificiellement tracées par les États membres actuels de l’UE, ceux-là mêmes qui ne manquent jamais une occasion d’accuser un mouvement défendant ces communautés.
Des pressions internationales qui n’évoquent aucune piste de solution
Le Rwanda fait observer qu’aucune de ces déclarations de pays et d’organisations internationales ne mentionne “La nécessité de pourparlers politiques directs entre le gouvernement de la RDC et le M23, qui devraient s’attaquer aux causes profondes de cette crise, en vue de trouver une solution durable au conflit”.
Car, explique le ministre rwandais, “Le conflit dans l’est de la RDC ne peut être résolu par des solutions miracles, de belles photos et poignées de main, l’infantilisation des dirigeants de la RDC ou par les habituelles accusations et jeux de reproches de la part de la communauté internationale. Seule une approche sérieuse, prenant en compte la persécution actuelle des Tutsi congolais et les menaces sécuritaires contre le Rwanda (comme le démontre la rhétorique belliqueuse du président Tshisekedi) pourrait contribuer de manière significative au rétablissement de la paix dans l’est de la RDC et dans la région des Grands Lacs”, conclut le chef de la diplomatie rwandaise.
Brique Lutandilafio
