
Kinshasa ne suffit plus pour les VIP internationaux. Goma s’impose désormais comme une alternative directe et incontournable pour le changement et la stabilité en République Démocratique du Congo.
Depuis le début de l’année 2026, un an après la libération de la ville de Goma par l’AFC-M23, les hôtes de marque ne se limitent plus à Kinshasa. La plupart défilent à Goma auprès des dirigeants de l’AFC-M23. Organisations internationales et humanitaires, la CENCO, le Représentant Spécial du Secrétaire Général et Chef de la MONUSCO, M. James Swan, et aujourd’hui, ce sont désormais des personnalités de premier plan du continent, les facilitateurs de l’Union Africaine.
La réunion de haut niveau entre l’Alliance Fleuve Congo (AFC-M23) et la mission conjointe du Panel des Facilitateurs de l’Union Africaine, tenue à Goma ce lundi 05 octobre 2026, un jour après leur passage à Kigali, est une marque de considération exceptionnelle que la première grande institution d’Afrique vient d’accorder à l’AFC-M23.
La délégation était composée de trois anciens Chefs d’État, à savoir Uhuru Kenyatta, Mokgweetsi Masisi et Sahle-Work Zewde, ainsi que d’autres membres éminents de l’Union Africaine.
Le choix de Goma avant Kinshasa: une stratégie cachée de l’Union Africaine ?

Comme révélé par Africa Intelligence, cette tournée de l’Union Africaine dans la région des Grands Lacs a débuté à Kigali chez le Président Paul Kagame, puis devrait se poursuivre à Kinshasa pour enfin s’achever à Goma. Mais l’agenda de la délégation a été changé.
Au-delà du fond, la forme a marqué les esprits: l’accueil de la délégation africaine a été spectaculaire à Goma, tapis rouge, honneurs militaires et photos officielles qui suscitent des questionnements sur la toile politique congolaise: la RDC vit-elle une balkanisation silencieuse ? Goma est-elle en train de devenir une autre capitale du pays ?
Il est clair que cette rencontre, au-delà des enjeux diplomatiques, visait essentiellement à renforcer le processus de paix et de stabilité entre le gouvernement de Kinshasa et l’AFC-M23.
La carte de Kinshasa bousculée ?
Alors que Kinshasa s’agite autour de l’organisation d’un dialogue national avec une opposition domestiquée à Kinshasa, les grands salons diplomatiques, eux, exigent un dialogue véritablement inclusif, avec des facilitateurs acceptés par toutes les parties. La récente sortie médiatique du Chef de la MONUSCO, James Swan, devant le Conseil de Sécurité de l’ONU, a été sans équivoque:
« Un dialogue inclusif, garantissant une large participation, conduit par des facilitateurs bénéficiant de la confiance de l’ensemble des parties prenantes et permettant d’aborder en profondeur les priorités nationales les plus urgentes. »
Goma, le nouveau centre de gravité

Cette séquence diplomatique enterre définitivement le mythe de Kinshasa comme unique interlocuteur. Goma n’est plus une ville rebelle à la marge, elle est devenue le centre de gravité où se joue l’avenir de la RDC. En déroulant le tapis rouge à l’AFC-M23, l’Union Africaine n’a pas seulement crédibilisé un mouvement, elle a reconnu une réalité: aucune paix durable ne se fera sans l’AFC-M23, et surtout, plus aucune paix ne se fera contre elle.
Vers l’éclipse de la C64 ?
Les opposants de Kinshasa semblent perdre leur aura et être oubliés par la communauté internationale. Dans un contexte où le pouvoir de Kinshasa continue de persécuter les opposants, d’en envoyer en exil, de multiplier les arrestations arbitraires et de priver le peuple de ses libertés démocratiques, la C64 semble être anéantie par le régime lui-même.
Avec cette nouvelle donne diplomatique, le curseur international semble désormais tourné vers l’opposition armée et politique à l’Est du pays.
L’AFC-M23 n’est plus seulement un acteur majeur dans la résolution de la crise, elle est désormais l’alternative imposée. Kinshasa peut organiser tous les dialogues de façade qu’elle veut, le vrai dialogue, celui qui compte, ne se tient pas sans Goma.
Jean Placide Assumani
