Le Président de la République Démocratique du Congo, Félix Tshisekedi, a mené une double mission officielle ce mercredi 30 octobre en Ouganda et au Burundi. Tournée débutée par une visite à Kampala, en Ouganda où il a eu trois heures de discussions avec le président Museveni au State House à Entebbe.
Lors de leur échange, les deux Chefs d’État ont abordé la situation sécuritaire de plus en plus préoccupante à l’Est de la RDC, exacerbée par la montée en puissance de l’Alliance Fleuve Congo/M23. Ce groupe armé a occupé de nombreuses localités dans le territoire de Walikale, le plus vaste territoire de la province du Nord-Kivu, ce qui pourrait permettre au M23 d’étendre son influence dans les provinces de Maniema, Tshopo et Sud-Kivu avec possibilité de se projeter vers le Katanga et le grand Équateur avant d’atteindre Kinshasa.
Sécurité régionale, routes et pétrole
Très spécialement, les deux hommes d’État se sont livrés à un point de presse à travers lequel ils ont fait le point de leurs échanges. Des discussions qui ont porté essentiellement sur la sécurité régionale, la coopération dans le domaine des infrastructures transfrontalières et l’exploitation du pétrole du lac Albert dont une partie est désormais contrôlée par l’AFC/M24 :
« J’ai reçu le président de la République Démocratique du Congo, S.E. Félix Tshisekedi, cet après-midi à State House Entebbe. Nous avons discuté, entre autres, de la sécurité entre l’Ouganda et la RDC, de la sécurité régionale et des développements infrastructurels, y compris les principales voies d’intérêt économique mutuel. Nous sommes tous d’accord pour dire que ce dont le Congo a besoin est ce dont l’Ouganda a besoin. Je remercie H.E. Tshisekedi d’avoir répondu positivement à mon invitation à cette réunion », a-t-il expliqué.
L’équation AFC/M23 et la géopolitique des grands lacs
La visite de Félix Tshisekedi en Ouganda soulève des questions sur la quête de paix dans la région. L’Ouganda, souvent accusée de jouer un double jeu dans le conflit entre Kinshasa et Kigali, pourrait jouer un rôle clé dans l’influence des événements. En 2012, Kampala avait déjà été pointée du doigt comme l’un des soutiens du M23, et les autorités congolaises continuent de suspecter l’Ouganda de fournir un soutien logistique à la rébellion. L’Alliance Fleuve Congo (AFC) qui contrôle des vastes territoires dans le Rutshuru et Lubero, évolue sur une frontière commune avec l’Ouganda.
Si Kinshasa parvient à convaincre Kampala de soutenir ses efforts, cela pourrait-il limiter l’avancée du M23 et même persuader le Rwanda de mettre fin à son éventuel soutien aux rebelles, se demandent des analystes de la géostratégie des grands lacs. Pour le Président Tshisekedi, cette visite en Ouganda représente un ultime recours pour stabiliser l’Est du pays et restaurer la paix dans la région. Mais Tshisekedi devrait surtout se racheter après avoir longtemps mal géré le dossier AFC/M23.
Museveni avait encouragé Tshisekedi d’ouvrir des discussions avec les rebelles dans le cadre du processus de Nairobi. Lesquelles discussions furent interrompues et le processus mis à mort par le président congolais. Tout récemment, en juin 2024, Kinshasa avait dépêché une délégation à Kampala pour rencontrer des représentants de l’Alliance Fleuve Congo. Cette demarche fut démentie par Kinshasa estimant qu’elle n’avait jamais mandaté ses délégués à ces pourparlers.

Après l’étape d’Entebbe, Félix Tshisekedi s’est dirigé vers Bujumbura, où il participe dès ce jeudi 31 octobre au 23ème sommet des Chefs d’État et de gouvernements du Marché de l’Afrique orientale et australe (COMESA).
Jean Placide ASSUMANI
