
On ne fait pas la paix à l’Est en excluant ceux qui sont directement impliqués dans la guerre à l’Est de la République Démocratique du Congo.
Ce 29 septembre à New York, devant le Conseil de Sécurité, le chef de la MONUSCO, James Swan, a salué l’initiative d’un dialogue national en RDC. Il a insisté sur deux conditions essentielles: une participation suffisamment large et des facilitateurs bénéficiant de la confiance de toutes les parties.
Un appel à l’inclusivité qui tranche avec le discours de Kinshasa. Pour la Première ministre Judith Suminwa, ce dialogue ne doit ni contourner les institutions, ni devenir un mécanisme de partage du pouvoir. Il ne devrait réunir que ceux qui respectent la Constitution et rejettent la violence.
Une approche restrictive qui pose une question de fond: comment prétendre régler la crise de l’Est en mettant de côté les acteurs qui y exercent une réalité militaire et territoriale incontestable, au premier rang desquels l’AFC-M23 ?
Cette contradiction est d’autant plus visible que la crise congolaise est déjà au cœur du processus de Doha, qui traite lui, de sa dimension politico sécuritaire. Nous assistons donc à une tentative de dissociation: d’un côté, un dialogue national déconnecté de la guerre, de l’autre, des pourparlers sécuritaires déconnectés du débat politique interne.
Or, pour les millions de déplacés du Nord et Sud-Kivu ainsi que de l’Ituri, la nuance institutionnelle n’a pas de sens. Ce qu’ils attendent, c’est la sécurité, le retour dans leurs villages et la fin définitive de la guerre.
Le vrai courage politique aujourd’hui, ce n’est pas d’organiser un dialogue de confort entre acteurs qui sont déjà d’accord. C’est d’avoir le courage d’un dialogue de vérité, qui réunit toutes les dimensions de la crise et tous ceux qui la font et la subissent. Sans cela, nous risquons d’avoir un dialogue politiquement correct à Kinshasa, mais totalement inefficace qui sera loin de résoudre le conflit à l’Est de la RDC.
Pacifique Pataoli
