
Après avoir reporté à deux reprises sa marche, la coalition C64 a finalement tenté d’organiser difficilement sa marche pacifique ce mardi 15 septembre à Kinshasa. Une marche que plusieurs observateurs qualifient déjà de « quasi-échouée » au regard de la faible mobilisation de ses partisans.
La rentrée parlementaire a bel et bien eu lieu. Les écoles, marchés et boutiques sont restés ouverts dans la plupart des communes de Kinshasa, ont confirmé de nombreuses sources à notre rédaction centrale.
Est-ce une marche dictée par le pouvoir ?
Comment parler de résistance quand, à la veille de la marche, l’opposition républicaine elle-même va s’asseoir avec les gens du pouvoir pour négocier le point de chute ? l’itinéraire de Limete, l’interdiction d’approcher le palais du peuple, l’heure, tout a été validé par l’Hôtel de Ville. Selon des nombreux analystes c’était une marche dictée par le pouvoir en place, pas une marche contre lui.
Sur le terrain, le dispositif était disproportionné. Le déploiement des éléments de la Police Nationale et de la Force du Progrès, structure affiliée à l’UDPS, a été considérablement renforcé sur tous les axes principaux de la capitale. Objectif : non pas encadrer, mais faire peur, réprimer, arrêter et empêcher la marche.
Tshisekedi en voie d’anéantir l’opposition non armée ?

Pour un politologue kinois contacté par notre rédaction, la C64 a commis deux erreurs stratégiques : reporter sans cesse sa marche et accepter de se rendre à Bujumbura, allié potentiel du pouvoir de Kinshasa.
« Accepter l’invitation de Tshisekedi, c’est accepter d’être manipulé par un pouvoir qui cherche à gagner du temps pour jouer sa carte », estime-t-il.
Selon lui, Félix Tshisekedi a mis en place tous les moyens nécessaires pour anéantir l’opposition républicaine et non armée.
Le constat devient plus dur: quand la marche pacifique est étouffée de cette manière, quand le palais du peuple devient inaccessible à l’opposition, quelle alternative reste-t-il ?
Il n’y a pas de révolution sans sacrifice

Le pouvoir ne se manigance pas, il s’assume. L’article 64 qu’ils invoquent exige la bravoure, la prison, l’exil parfois. Pas des calculs de couloir.
« Comment expliquer qu’un politicien qui dit chercher le changement de régime puisse, en même temps, partir demander des postes en coulisses à Bujumbura ou à Kinshasa ? On ne peut pas vouloir renverser la table et mendier une place à cette même table. » S’interroge Séverin Paluku politologue de Butembo. Avant de renchérir :
On a le choix soit de continuer à croupir sous le pouvoir en place en faisant semblant de le combattre, soit enfin s’assumer en acceptant le sacrifice.
Pour de certains observateurs, notamment à l’Est du pays, la réponse s’impose d’elle-même. Si Kinshasa absorbe et neutralise toute opposition républicaine, la seule force capable aujourd’hui de renverser le rapport de force et de contraindre le régime à reculer n’est plus à Kinshasa, mais bien l’opposition armée incarnée par l’AFC-M23.
Jean Placide Assumani
