
Bunagana, à l’aube. Après une traversée nocturne de l’Ouganda, la délégation est arrivée comme une cargaison. En face, l’ordre. La discipline. Le Secrétaire Permanent et Chef d’exécutif de l’AFC-M23, Benjamin Mbonimpa, le Major Ngenzi, et des militaires en tenue impeccable, garantissant la sécurité de la zone. Le contraste avec le chaos de Kinshasa est total.
La remise officielle a été assurée par le CICR, représenté par Jeanne, responsable australienne de la mission. Visiblement émue, elle a salué l’aboutissement d’une mission qu’elle-même jugeait presque impossible, tant Kinshasa est réputé pour ne pas respecter sa signature.
Une résurrection

Dans un geste hautement symbolique, les 15 ex-prisonniers venus de Ndolo, de Makala et des cachots de l’ANR ont reçu sur place: tee-shirts neufs, jogging, baskets, kits d’hygiène.
Ce n’était pas une simple distribution. C’était la restauration de la dignité humaine après 17 mois d’enfer à Ndolo.
Les 15 prisonniers ont ensuite été conduits vers le bureau de la douane de Bunagana, aménagé en centre d’accueil, puis vers le centre de la quarantaine de Kiboya à Bunagana, mesure sanitaire obligatoire pour toute personne venant de la zone de Beni, épicentre à la fois de l’insécurité ADF et d’Ebola.
Le message fort de la Révolution: « Vous êtes chez vous »
C’est là que le Secrétaire Permanent Benjamin Mbonimpa a prononcé les mots qui résument la doctrine de l’AFC/M23 :
« Même si nous ne reconnaissons que six d’entre vous comme étant des nôtres, vous êtes chez vous. Vous êtes en RDC. Vous êtes désormais des citoyens libres. »
Parmi les 15, figurait Kamukama, un citoyen ougandais détenu 6 ans sans procès à Kinshasa. Il a été immédiatement libéré et autorisé à regagner son pays.
Pour les 14 Congolais, la consigne a été claire: à l’issue de la quarantaine, chacun est libre d’aller où il veut, y compris de rentrer à Kinshasa.
Goma : l’accueil digne et respectueux de la haute Coordination du mouvement

À la fin de la quarantaine, la surprise a été totale. Me Célestin Ngoma, Secrétaire Permanent et porte-parole du PALU, emprisonné 17 mois à Ndolo sous accusation de collusion avec le M23 et le Président honoraire Joseph Kabila, a été reçu personnellement par le Coordonnateur Corneille Nangaa et le Général Sultani Makenga.
Un accueil fraternel, loin des humiliations subies à la DEMIAP où, la veille de leur transfert, le Colonel Kangoli-Ngoli les avait fait asseoir à même le sol comme des chiens.
« j’ai cherché le bureau du Président Kagame. J’ai cherché le drapeau du Rwanda. Je n’ai vu que des Congolais qui administrent des Congolais », témoigne Me Ngoma, déconstruisant la propagande de Kinshasa.
De victime de l’inquisition à témoin de la libération
Arrêté arbitrairement à Kinshasa en tant que cadre du PALU, parti historique, Me Ngoma avait demandé à être libéré à Kinshasa, là où sa liberté avait été volée.
L’Etat inquisiteur de Kinshasa en a décidé autrement. Il l’a livré à la Révolution.
« Le régime de Félix Tshisekedi ne se contente plus de fabriquer de faux rebelles dans ses prisons. Il les livre désormais à la vraie Révolution. Puisqu’ils ont voulu faire de moi un rebelle, je m’assume désormais comme tel. »
La rédaction
