Le 16 Novembre 2024, devant les déférents responsables du parlement Ougandais, Lambert Mende a explicité : « Son Excellence le Président Yoweri Museveni qui est en bon terme avec les Présidents de la RDC et du Rwanda devrait imposer la paix pour le développement et la coopération. C’est pourquoi nous sommes venus proposer la formalisation d’un cadre de concertation bilatérale, entre les députés des provinces frontalières, à évaluer chaque six mois », avait-il résumé.
Envoyés en Ouganda du 12 au 19 Novembre par le président de l’assemblée nationale Vital Kamerhe, les députés Congolais ont évoqué des questions du commerce transfrontalier, de la sécurité, de la diplomatie parlementaire et d’imposition de la paix avec leurs homologues Ougandais.
Reçus par la Présidente du parlement Ougandais Docteur Anita Among, cette dernière a proposé plutôt la signature d’un « Protocole d’accord pour des relations entre les députés des provinces frontalières RDC-Ouganda», tandis que Lambert Mende chef de la délégation Congolaise a parlé de « Formalisation d’un cadre de concertation »
Griefs de Kampala à charge de Kinshasa
Avant de quitter Kinshasa, la mission parlementaire conduite par l’honorable Lambert Mende était liée par des ‘’Termes de références’’, édictés par le président de l’assemblée nationale Vital Kamerhe. Sauf que la délégation ne disposait d’aucun document juridique préliminaire formalisant les grandes lignes d’un futur accord avec le parlement Ougandais.
Dès l’arrivée des députés Congolais à Kampala, les débats avaient tournés autour des accusations et sujets diplomatiques, économiques, sécuritaires non résolus. Les députés Ougandais avaient accusés la RDC de refuser de recevoir les lettres de créances de leur ambassadeur à Kinshasa.
Aussi, c’est depuis 2021 que le consulat de l’Ouganda à Goma est fermé. La question des prisonniers (plus de 160) Ougandais dans les geôles en RDC où, selon un député Ougandais d’autres meurent en silence, enterrés sur le sol Congolais, est un précédent fâcheux.
La RDC, un frein au développement régional
Selon les statistiques de la fiche pays de l’Ouganda, l’exercice budgétaire 2023-2024 est d’une croissance prévue à +6% mais sera de + 7% en 2025 soutenue par une croissance régionale plus forte, à mesure que les chaines d’approvisionnement mondiales se normalisent.
La RDC est un frein pour d’autres pays car, selon les statistiques 2024 de la banque mondiale, l’économie congolaise a une croissance modeste. Le PIB a ralenti à 4,9% mais peut se stabiliser à 4,8 en 2024-2025 en raison de la décélération du secteur minier.
Les questions du retard économique et les tracasseries frontalières de la RDC par rapport à l’Ouganda ont été présentées à l’équipe de Lambert Mende. La très historique frontière de Mpondwe, la grande porte entre l’Ouganda et la RDC par Kasindi est l’une des trois importantes frontières qui apportent des devises entre les deux pays.
L’Ouganda tient aussi à la frontière de Kisoro-Bunagana, 50km au Nord-Kivu et de Goli-Bunia en Ituri, longue de 176 km. On ne peut pas ne pas parler de la route frontalière de Kamango dans le territoire de Beni qui est la porte de sortie du cacao congolais vers l’Ouganda puis les Etats-Unis d’Amérique et même le Japon. Du coté Ougandais, toutes ces routes sont asphaltées et en bon état !
Une coopération parlementaire transfrontalière

La présidente du parlement Ougandais a rappelé à la délégation Congolaise que c’est elle (la RDC) qui a initié cette rencontre parlementaire. Elle a alors exigé un ‘’Protocole d’accord’’ qui doit engager les deux états et les deux parlements.
Un acte sous seing public qui va publier des accords devant être plus tard confirmés comme le voulait Lambert Mende, dans une évaluation semestrielle. L’honorable Docteur Anita Amond a dit précisément :
« Nous sommes contents que c’est vous qui aviez initié la collaboration entre les députés issus des provinces frontalières entre la RDC et l’Ouganda. Nous devons ainsi signer un protocole d’accord entre les députés du Nord-Kivu et l’Ituri avec nos députés des provinces frontalières. Nos députés élus de ces coins doivent expliquer aux autres députés de nos parlements et à nos populations qu’ils comprennent l’importance de la paix »
Quelques couacs
Les matières sont connues mais ne semblent pas avoir été dans un document commun pour être discutées. La question de l’ambassade de l’Ouganda qui reste fermée à Kinshasa et dont le bâtiment devrait être vendu par le gouvernement de Félix Tshisekedi, revient dans chaque point des négociations.
Sur son compte X, le député national de l’Ituri IRACAN Gratien de Saint-Nicholas a noté qu’ils ont eu des échanges aussi avec le Président Yoweri Museveni au State House. Contrairement à son habitude, jusques à ce que nous mettons ce papier sous presse, le site du State House Ougandais est resté muet sur cette rencontre. L’élu de Bunia précise que leur mission va se poursuivre avec d’autres pays, sans préciser lesquels.
Une délégation aux antipodes des attentes des communautés locales
La délégation des députés Congolais a été paradoxalement composée. Elle a aligné des députés accusés de collaborer avec les rebelles Ougandais de l’ADF, cas de l’honorable Machozi. Le député Carly Nzanzu Kasivita quant à lui, ancien gouverneur du Nord-Kivu, ne pense qu’à la fin du rémige de l’état de siège afin de recouvrer son fauteuil.
L’honorable Kasivita est régulièrement accusé d’être proche des Wazalendo, des groupes armés collaborateurs de l’armée Congolaise, notamment à travers son cousin ministre d’État Muhindo Nzangi Butondo qui entretient des groupes Mai-mai(Wazalendo) à Kamandi sur les côtes du lac Edouard, tout en face de l’Ouganda.
La députée Maguy Rwakabuba, élue de Rutshuru, est une fille de la diaspora congolaise qui ne maîtrise qu’artificiellement les fonds de la crise de l’Est de la RDC, malgré la référence identitaire collée respectueusement au nom de son célèbre père géniteur Cyprien Rwakabuba Shinga, élu de Rutshuru dans les années 60.
La bonne dame a passé toute sa vie en Europe sans entretenir des affinités renforcées avec sa base naturelle de Rutshuru. Cette mission décrite comme celle des députés élus des provinces limitrophes du Nord-kivu et de l’Ituri, avec celles de l’Ouganda, a comme chef de délégation l’honorable Lambert Mende, élu de la province du Sankuru, au centre de la RDC, à 670 km de Goma. Un gros handicap.
Sa seule faveur étant d’être marié à une femme Ougandaise et d’être doublement ancien rebelle au RCD-Goma et du RCD-KML. L’honorable Mende aurait été désigné pour sa souche Kasaïenne, ce qui constitue une grosse épine dans le pied de ladite délégation.
Piques imprudentes de Kamerhe

Vital Kamerhe avait qualifié l’Ouganda de pays agresseur de la RDC le jeudi 23 Mai 2024, le premier jour de sa prise du bâton de commandement à l’hémicycle, comme président de l’assemblée nationale Congolaise.
Au lendemain de la visite du Ministre Rwandais des Affaires étrangères Olivier Nduhungirehe à Goma, le mardi 05 Novembre 2024, le mêmeVital Kamerhe, accusateur de l’Ouganda, est monté au créneau pour dénoncer les excès protocolaires des autorités du Nord-Kivu, estimant que les honneurs lui réservés étaient de trop pour un pays ouvertement en conflit avec la République Démocratique du Congo.
Attitude qui fait interroger de nombreux analystes sur le pourquoi d’une délégation de haut niveau chez l’Agresseur Ougandais, pour y solliciter une « imposition de la paix » pour le développement dans la région des Grands Lacs.
Jean Leroux NTITA
