Le tête-à-tête Tshisekedi-Museveni du mercredi 30 octobre 2024 est une étape déterminante dans la crise politique et militaire qui oppose les rebelles de l’AFC/M23 au gouvernement de Kinshasa. Museveni est le plus vieux chef d’État de la région qui à la fois, entretient des relations hypocrites avec Félix Tshisekedi et partage une longue frontière avec le territoire conquis par les forces de Corneille Nangaa.
Les conclusions protocolaires annoncées à l’issue de la rencontre des deux chefs d’état à Entebbe (Ouganda) n’ont pas exprimé les véritables dessous des cartes de ce rendez-vous crucial. Félix Tshisekedi se voyant acculé par la rébellion interne, s’est obligé une mission de rattrapage afin de ralentir possiblement l’avancée des troupes de l’Alliance Fleuve Congo dont les dernières prises à Walikale démontrent les failles du système de défense du gouvernement congolais.
Éviter la chute de Butembo, Beni et Bunia
Pour Yoweri Kaguta Museveni, l’AFC/M23 est « Un problème politique qui peut être résolu par le dialogue ». Le chroniqueur politique Pro-AFC, Guershom Kahebe attire l’attention de l’opinion sur les sujets de discussion entre Félix Tshisekedi et Yoweri Kaguta Museveni : « méfiez-vous des communiqués officiels, Tshisekedi est allé à Kampala pour deux raisons, selon ce qui a été dit en dehors des caméras. Demander à Museveni de faire en sorte que Beni, Butembo et Ituri ne tombent pas ».
Trois entités où opèrent conjointement les troupes congolaises et ougandaises. En échange, poursuit Kahebe, « Tshisekedi a donné à l’Ouganda la garantie d’exploitation des gisements miniers de Mangurejipa et de l’Ituri ».
Dialoguer avec l’AFC/M23
Contre la volonté de Félix Tshisekedi, son homologue ougandais a souligné la nécessité de réactiver la voie de dialogue comme unique possibilité de résoudre durablement la crise. « Museveni a dit à Tshisekedi que la solution à la crise ne sera jamais militaire. Il faut dialoguer directement avec l’AFC », a révélé Guershom Kahebe, ancien candidat aux législatives nationales pour la circonscription électorale de Beni-ville. Équation complexe pour Félix Tshisekedi qui a répété à tous les niveaux et à maintes reprises qu’il ne s’inscrirait jamais dans un dialogue avec les rebelles.
À Bujumbura, Ndayishimiye martèle sur le dialogue intercongolais

Dans son mot à l’ouverture du 23 ème sommet du Comesa qui se tient à Bujumbura ce jeudi 31 octobre 2024, le Président Burundais Evariste Ndayishimiye a sollicité la solidarité de la région pour un processus de paix Intercongolais. Avant cela, il a précisé que l’activisme des groupes armés dans la partie Est de la RDC bloquent l’intégration régionale.
« Il me revient aussi de saisir cette opportunité pour éveiller la conscience collective sur la solidarité à lutter contre tous les groupes armés étrangers qui sévissent dans la région et particulièrement dans l’Est de la République Démocratique du Congo qui, de près ou de loin, nous menacent tous et bloquent l’intégration régionale à laquelle nous aspirons. Cette solidarité permettra au gouvernement de la RDC de s’engager dans le processus de paix intercongolais mais aussi, elle garantira la quiétude des pays qui prennent des groupes armés comme alibis », a-t-il indiqué.
Ce dialogue impliquera manifestement le retour de Kinshasa au processus de Nairobi ou l’extension du cahier des charges du processus de Luanda à la prise en compte des revendications des oppositions politiques et armée congolaises.
Walikale comme déclencheur de nouvelles consultations régionales
L’agglomération de Pinga dans le territoire de Walikale est actuellement disputée par les deux forces belligérantes en RDC. Walikale est le dernier verrou pour l’extension des conquêtes rebelles jusqu’à Kinshasa. Le député honoraire Prince Kigangi du Nord-Kivu rappelle que Walikale est le carrefour de quatre provinces de l’Est qui relie le Nord-Kivu au Sud-Kivu, le Nord-Kivu au Maniema en passant par Lubutu et le Nord-Kivu à Kisangani dans la Province de la Tshopo. Première réserve minière de la région, c’est Walikale qui ouvre la voie vers le Katanga et Kinshasa.
« Dois-je rappeler que la société ALPHAMIN BISIE MINING (ABM SA) entretient une piste d’atterrissage dans la brousse en plus de l’aérodrome de Kigoma dans la commune rurale de Walikale. Qui ignore que des hélicoptères atterrissent à Ntoto, à Pinga, à Biruwe et dans plusieurs autres agglomérations de Walikale », explique le notable de Walikale.
Brique Lutandilafio
