Lundi 6 janvier, aux premières heures de la matinée, la chaîne internationale Al Jazeera s’apprête à mettre face-à-face deux éminents porte-paroles belligérants. Patrick Muyaya Katembwe, du gouvernement de Kinshasa et Lawrence Kanyuka de l’Alliance Fleuve Congo (AFC/M23) avec siège à Rutshuru. Tout était préparé, les deux invités salués par le présentateur lorsque Patrick Muyaya va subitement présenter ses excuses préférant renvoyer le débat à plus tard, sans en avancer les raisons.
Réagissant à l’attitude de son co-débatteur du jour Patrick Muyaya qui venait de se soustraire d’un débat très attendu lundi matin sur l’une des chaînes de télévision les plus suivies de la planète, Lawrence Kanyuka, porte-parole politique de l’Alliance Fleuve Congo (AFC), plateforme politico-militaire regroupant notamment le M23, a déclaré sa profonde déception face à cette indélicatesse du régime de Kinshasa.
Face aux avancées militaires explosives de son mouvement, Lawrence Kanyuka tenait à rappeler au régime de Kinshasa et à la communauté internationale les attaques incessantes, les violations du cessez-le-feu et les crimes continuels du régime de Félix Tshisekedi sur des populations civiles dans l’Est de la République Démocratique du Congo. Le programme a malheureusement avorté.
Un rendez-vous planifié, préparé et convenu d’avance
Dans une note immédiatement partagée, Lawrence Kanyuka a déploré le désaccord manifeste de son « Collègue » de Kinshasa.
« Après tous les tests effectués et à seulement 30 minutes du début de notre débat dans l’émission Inside Story d’Al Jazeera, Patrick Muyaya a annulé sa participation, entraînant le report de l’émission à une date ultérieure », a-t-il regretté.
« Il s’agit d’un revers communicationnel criant pour un ministre du gouvernement central engagé en première ligne du front médiatique », pense un congolais vivant aux États-Unis d’Amérique vêtu de l’anonymat.
Une guerre sur cinq fronts
Lors du briefing de presse tenu le lundi 6 janvier 2025, le Patrick Muyaya a difficilement justifié son refus de participer à l’émission de Al Jazeera :
« J’ai appris comment les réseaux sociaux essaient de traduire mon refus de participer à une émission d’un média international. J’ai instruit mes services de renoncer. D’ailleurs, je ne pouvais pas prendre part à un débat avec des représentants d’un mouvement terroriste », a-t-il déclaré.
Le Porte parole de Kinshasa a rassuré les journalistes présents devant lui que les difficiles conditions de travail de la presse ne seront améliorées une fois la guerre terminée. Il a souligné que le gouvernement congolais fait face à cinq fronts : « Militaire, diplomatique, économique, judiciaire et médiatique ».
Mutaya et Mutamba son collègue Ministre de la Justice ont insisté sur la sensibilité de certaines informations en cette période de guerre. « Adopter la même attitude que nos ennemis. Voyez comment ces voyous se mobilisent contre nous », a expliqué, Constant Mutamba.
L’ONU, les USA, l’UE et l’UA/Angola appellent au cessez-le-feu
D’abord un tweet (X) taquin du fils Museveni, le général Muhoozi Kainerugaba qui ironise sur une probable sécurisation et protection de la ville de Goma par l’armée ougandaise.
Il affirme: « Si mon père, le président Tshisekedi et l’oncle Paul sont d’accord. L’UPDF peut protéger ces petites villes de Sake et Goma contre les attaques. Mais les mercenaires blancs doivent partir », a-t-il souligné.
En quarante-huit heures, les partenaires de la communauté internationale se prononcent contre toute avancée militaire de l’Alliance Fleuve Congo (AFC/M23). Lundi, les États-Unis ont condamné les violations flagrantes du cessez-le-feu dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC) affirmant que :
« Les avancées continues du M23, y compris la prise de la ville de Masisi ce week-end, nuisent aux efforts visant à parvenir à une paix négociée dans l’est de la RDC, tout en blessant et en déplaçant les civils de la région ».

De son côté, la Monusco à travers Mme Bintou Keita, Representante speciale du Secretaire general des Nations Unies en Republique Democratique du Congo (RDC) et Cheffe de la Mission de l’Organisation des Nations Unies pour la Stabilisation en RDC (MONUSCO), insiste sur l’importance du respect de l’integrite territoriale de la RDC.
« Cette escalade de violence, qui affecte cruellement les populations civiles, constitue un tournant tragique en ce debut d’annee 2025 et doit cesser immediatement », a-t-elle déclaré.
Pour sa part, l’Union Européenne souligne qu’il est important « Que toutes les parties au conflit désamorcent la situation et mettent rapidement en œuvre toutes les décisions et tous les engagements convenus dans le cadre du processus de Luanda, ce à quoi l’UE réitère son soutien et son engagement pleins et inébranlables. L’UE exhorte la RDC à cesser sa coopération avec les FDLR et d’autres groupes armés ».
L’Angolais Joâo Lourenço dans un dilemme : guerre ou dialogue ?
Le président João Manuel Gonçalves Lourenço, Facilitateur de Normalisation des relations politico-diplomatiques, de Coopération et de Tensions entre la RDC et le Rwanda, dit déplorer vigoureusement la prise de contrôle du territoire de Masisi, dans la Province du Kivu-Nord, par le groupe Mouvement 23 (M23), le 4 janvier 2025.
« Cette action irresponsable sape gravement les efforts de pacification du conflit qui prévaut dans la région de l’Est de la RDC et représente une violation flagrante et inacceptable du cessez-le-feu en vigueur depuis le 04 août 2024 », dit le communiqué rendu public ce mardi 7 janvier par le gouvernement angolais.
Ce dernier exprime sa profonde préoccupation face à l’escalade du conflit et à la conquête du territoire. Lundi, João Lourenço, a reçu le président de la Commission de l’Union Africaine, Moussa Faki Mahamat. En février prochain, le président de la République d’Angola assumera la présidence annuelle de l’Union Africaine, succédant au chef de l’État mauritanien, Mohamed Ould Ghazouani, qui dirige la plus importante organisation politico-diplomatique du continent depuis février 2024. Dans cette perspective, l’Angola pourrait relancer le processus de Luanda d’ici février 2025.
En attendant, la situation est restée tendue dans l’agglomération de Kimoka, située près de la ligne de front dans le territoire de Masisi. Depuis les premières heures de ce mardi 7 janvier, des échanges de tirs opposaient deux groupes armés locaux, identifiés comme des factions assimilées aux Wazalendo, qui se disputent le contrôle de cette zone stratégique.
Kimoka, qui surplombe la cité de Saké à environ 24 kilomètres à l’ouest de Goma, est d’autant plus vulnérable en raison de sa proximité avec les positions des rebelles de l’AFC/M23.
Brique Lutandilafio
