
La coordination politique de l’AFC-M23 dénonce la barbarie du régime de Kinshasa envers sa propre population dans l’Est de la République démocratique du Congo. Lors d’une conférence de presse tenue à Goma, le coordonnateur politique, Corneille Nangaa, a dénoncé avec force des « cruautés » qui, selon lui, ravagent délibérément l’Est du pays, en général, et l’agglomération de Minembwe et ses environs, dans le territoire de Fizi, en province du Sud-Kivu, en particulier.
« Nous exprimons notre profonde solidarité et notre compassion à toutes les familles endeuillées, aux blessés, aux déplacés, aux veuves, aux orphelins et à toutes les personnes qui vivent en permanence dans la peur et l’incertitude du lendemain », a déclaré Corneille Nangaa dans son mot d’ouverture.
Devant la presse locale, nationale et internationale, Corneille Nangaa a clairement dénoncé des « atrocités » en cours contre les populations et a alerté la communauté internationale sur une « épuration ethnique » qui, selon lui, serait en cours dans le haut plateau de Fizi.
Il déplore que, depuis des décennies, des communautés entières soient confrontées à des massacres répétés, à des déplacements forcés, à des pillages de biens et de bétail, ainsi qu’à des haines ethniques, entre autres.
« La négation de leur identité et de leur citoyenneté constitue l’un des moteurs des violences auxquelles elles sont confrontées aujourd’hui, et l’une des causes profondes de la crise en République démocratique du Congo », a-t-il affirmé.
De la violation du cessez-le-feu
Au cours de cette conférence de presse, Corneille Nangaa a indiqué que la situation actuelle à Minembwe serait devenue particulièrement préoccupante.
Il a notamment évoqué l’intensification des bombardements par drones et des offensives terrestres contre des zones habitées, coupant ainsi les principales voies d’accès, bloquant l’acheminement de l’aide humanitaire, paralysant certains services essentiels, et rendant plus difficiles les évacuations sanitaires dans plusieurs localités.
Selon son intervention, Sur l’axe Mikenke–Kamombo, le jeudi 4 juin, une embuscade meurtrière tendue par les éléments de la coalition du régime Tshisekedi aurait entraîné la mort de plusieurs civils banyamulenge revenant du marché de Murambya, dans les hauts plateaux de Bijombo, vers Minembwe, Dans la nuit du 6 au 7 juin, les villages d’Ilundu, Nkonkwe, Bidegu et Gasenyi, situés dans les secteurs d’Itombwe et de Lulenge, auraient subi des bombardements par drones de combat ayant causé la mort de plusieurs civils, dont des enfants, des femmes et des personnes âgées, Mercredi 17 juin, plusieurs bombardements indiscriminés auraient été enregistrés dans la même région, causant la mort de civils, des incendies et la destruction d’infrastructures, tant sanitaires que scolaires, Jusqu’à ce matin, les affrontements se poursuivraient dans plusieurs localités des hauts plateaux.
De la déclaration de la guerre

Malgré un processus de négociation en cours et la signature d’un protocole sur le cessez-le-feu entre le régime de Kinshasa et l’AFC-M23, Félix Tshisekedi aurait affirmé, à Houston, devant ses partisans, que son armée « est en train d’écraser l’ennemi », annonçant la récupération prochaine des villes de Goma et de Bukavu.
Un discours qualifié d’« irresponsable » par les responsables de l’AFC-M23, qui juge qu’il va vers une option militaire assumée au plus haut niveau de l’État. Ils mettent également en cause le processus de paix et les efforts de médiation.
« L’AFC-M23 en prend acte ! Cette posture militariste du régime de Kinshasa ne nous laisse d’autres choix que de nous défendre afin d’éliminer systématiquement cette menace ouvertement proclamée par Kinshasa », a répondu Corneille Nangaa.
Un silence assourdissant du médiateur
Dans cette conférence de presse, Corneille Nangaa a également fustigé le silence de la médiation et des partenaires du processus de paix, qu’il qualifie de « friser la complicité » face à une situation jugée dramatique, et aux conséquences humanitaires qui s’en suivent.
Pour l’AFC-M23, l’absence d’actions des médiateurs des pourparlers de Doha, des missions diplomatiques, des agences internationales et des organisations de défense des droits humains, renforcerait le sentiment d’impunité et encouragerait la poursuite des violences.
« Nous refusons que les souffrances des populations de l’Est du Congo soient traitées comme une tragédie périphérique, qui se déroulerait, comme ils le disent souvent, à plus de 2 000 kilomètres de Kinshasa. Chaque vie humaine mérite la même protection et la même considération », a-t-il déclaré.
L’AFC-M23 exprime sa totale solidarité aux victimes de ce qu’elle qualifie de « guerre imposée par le régime tribal de Kinshasa » et témoigne sa compassion aux populations civiles affectées, particulièrement aux Tutsi banyamulenge.
Le mouvement appelle enfin à l’unité, affirmant que le salut viendra avant tout de l’unité, du courage collectif et de la solidarité.
Albert Maisha.
