
De retour de Montreux, en Suisse, la délégation de l’AFC-M23 a procédé à la restitution des pourparlers avec le gouvernement de Kinshasa. Devant ses cadres politiques et devant toute la presse de la ville de Goma, l’équipe a passé en revue l’ensemble des activités et des points abordés durant son séjour en Suisse.
La délégation est revenue avec deux signatures jugées importantes : d’une part, la libération des prisonniers détenus par deux parties, qui doit bientôt commencer ; d’autre part, le libre passage de l’aide humanitaire ainsi que des personnes.
Au cours de cette activité de restitution, l’AFC-M23 a rappelé sa volonté de respecter les engagements pris, en faisant référence au nombre de personnes déjà libérées.
« Nous avons plus de 4000 membres FARDC et nous sommes prêts à les libérer. Nous avions déjà remis 1380 éléments FARDC, facilité le retour du contingent SAMIRDC, et procédé à la libération des FDLR, des mercenaires roumains et d’autres encore. Mais du côté de Kinshasa, personne n’était encore libéré », a déclaré le secrétaire permanent Benjamin Mbonimpa.
De la restitution à la presse

Juste après, l’équipe a restitué les informations à la presse locale, nationale et internationale. Dans la foulée, Benjamin Mbonimpa a indiqué qu’ils ont insisté sur l’ouverture des banques, une situation qu’il juge injustement imposée à la population du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, actuellement en difficulté financière.
« À Goma comme à Bukavu, les systèmes financiers sont paralysés. Les petites entreprises et les citoyens ne peuvent plus effectuer de transactions par les canaux formels. Des économies locales entières ont été plongées dans la paralysie du jour au lendemain », a martelé Mbonimpa.
De l’endurance et de la résilience
Malgré la situation économique imposée par Kinshasa, la population des zones libérées par l’AFC-M23 reste résiliente : elle endure tout en espérant que les pourparlers de Suisse, ainsi que le processus de Doha, produiront des résultats « concrets » et « significatifs ».
À la presse, Mbonimpa a rassuré que, malgré toutes ces difficultés, l’AFC-M23, proche de la population, continue de travailler avec l’ensemble des communautés afin d’élaborer des cadres favorisant la stabilisation économique, l’investissement responsable et des corridors commerciaux transparents.

Bombardements des populations civiles et violations du cessez-le-feu
Abordant la question de la violation répétée du cessez-le-feu par le gouvernement de Kinshasa, l’AFC-M23 a déploré les bombardements des zones d’occupation/d’abandon (dancement) habitées par les éléments alliés à Kinshasa.
Selon les responsables, lors de la visite en Suisse, la délégation a fait le point sur les violences perpétrées à l’aide de drones, ainsi que sur un manque de protection des populations vulnérables dans les zones les plus touchées par le conflit.
Une « bonne nouvelle », toutefois, a été annoncée : dans les jours à venir, les deux parties s’engageront à constituer une délégation militaire chargée de vérifier l’observation effective du cessez-le-feu. Cette délégation sera principalement composée de militaires experts dans le secteur.
De la situation sécuritaire en Ituri et à Beni
La délégation a aussi dressé un tableau sombre concernant la situation sécuritaire qui sévit dans le territoire de Beni (Nord-Kivu) et dans la province de l’Ituri, deux zones « sous état de siège ».
Lors des discussions, il a été montré que des civils continuent de subir de graves violations des droits humains : meurtres, destruction de villages et violations basées sur le genre, rapportées comme généralisées.
Les autorités de l’AFC-M23 ont révélé qu’en février 2025, plus de 80 civils ont été tués en Ituri, tandis que des centaines de personnes auraient été tuées à Beni, dont certaines auraient été brûlées vives.
« Ces schémas soulèvent des préoccupations urgentes concernant la responsabilisation et la protection des civils. Nous appelons à une responsabilisation équilibrée et cohérente de tous les acteurs afin d’assurer un processus de paix crédible et durable. Nous affirmons donc qu’aucun nouveau protocole ne devrait être poursuivi sans évaluer d’abord pourquoi les accords précédents ont échoué », a indiqué Mbonimpa.
Engagement pour la paix
L’AFC-M23 a précisé qu’elle reste résolument engagée en faveur de la paix et de la résolution pacifique du conflit, et indique qu’elle répondra présent à tout appel visant à aider le pays.
Albert Maisha
