
Depuis plusieurs décennies, l’Est de la République démocratique du Congo (RDC) est devenu un champ de mort, théâtre d’exactions massives, parce qu’un régime a choisi de se retourner contre son propre peuple. Sous Félix Tshisekedi, la persécution des Tutsis a atteint un niveau sans précédent : Kinshasa nie leur citoyenneté, rejette et cible violemment la communauté tutsie de l’Est du pays.
La résurgence de la rébellion du M23, fin 2021, a ramené les projecteurs internationaux sur la région. Pourtant, une grande partie des médias et de nombreuses institutions internationales ont échoué à identifier la racine profonde de la crise : une tradition de négligence politique, de stigmatisation et d’exclusion systématique, mise en œuvre par les régimes congolais successifs.
Le mécanisme du bouc émissaire
Plutôt que d’affronter les véritables causes de l’instabilité, Kinshasa a mis en place une stratégie bien rodée : faire diversion en désignant un coupable ethnique, détournant ainsi l’attention des Congolais et du monde de ses propres échecs structurels. La cible privilégiée de cette manipulation politique reste les Rwandophones, et plus spécifiquement les Tutsis, accusés d’être des étrangers, des infiltrés dans leur propre pays.
Cette politique de la haine a servi d’écran de fumée pour cacher la faillite de l’État congolais dans presque tous les domaines : sécurité, justice, armée, infrastructures, gouvernance, développement social…
Héritage du génocide et inertie complice de Kinshasa

En novembre 2022, l’ancienne Conseillère spéciale de l’ONU pour la prévention du génocide, Alice Wairimu Nderitu, a rappelé que les conflits actuels dans l’Est de la RDC trouvent leur source dans les conséquences du génocide contre les Tutsis au Rwanda en 1994. Des milliers de génocidaires s’étaient alors réfugiés au Congo, donnant naissance à des groupes armés tels que le FDLR, encore actif jusqu’à aujourd’hui.
Elle avertissait que la présence persistante du FDLR avait provoqué une prolifération de milices locales, et que l’incapacité de l’État congolais à démanteler ces structures criminelles était l’un des principaux moteurs de la violence actuelle.
« Les abus commis dans l’Est de la RDC, y compris le ciblage des civils sur base de leur appartenance ethnique, doivent cesser », avait-elle martelé.
Les FDLR, constitués des survivants du régime génocidaire de 1994 au Rwanda, se sont installés en RDC avec leurs armes et leur idéologie. Ils furent accueillis et protégés par le maréchal Mobutu Sese Seko, qui partageait leur vision extrémiste et les a laissés militariser les camps de réfugiés, à quelques kilomètres seulement de la frontière rwandaise.
Malgré les alertes répétées de Kigali, Kinshasa a choisi l’aveuglement : recruter, équiper, organiser et financer ces forces génocidaires pour exterminer les Tutsis congolais.
Crimes documentés et impunité organisée
Les preuves sont abondantes. Des rapports des Nations unies, de Human Rights Watch, d’Amnesty International et de nombreuses ONG locales font état de crimes de masse commis par le FDLR :
Civils tutsis massacrés à la machette, villages incendiés, viols systématiques, violences sexuelles à grande échelle. À cela s’ajoutent des millions de morts, plus de six millions de déplacés internes et plus de deux millions de réfugiés contraints de chercher protection dans les pays voisins.
Au lieu de combattre cette menace, les régimes congolais successifs ont choisi de les armer, de les intégrer dans l’armée nationale et de s’en servir comme supplétifs militaires.
Tshisekedi et la croisade anti-Tutsi

Sous Tshisekedi, la menace s’est élargie. Outre le FDLR, il a fait appel à des forces étrangères et locales : l’armée burundaise, les troupes de la SADC, des mercenaires européens et les milices congolaises regroupées sous la bannière des Wazalendo. Tous sont unis par une idéologie commune : l’éradication totale des Tutsis.
Face à ce danger existentiel, les Tutsis congolais et les Rwandophones n’ont eu d’autre choix que de prendre les armes pour assurer leur survie. Mais chaque fois qu’ils s’organisent pour se défendre, le gouvernement les stigmatise aussitôt comme des « Envahisseurs étrangers » ou des « Infiltrés », alimentant ainsi le narratif du FDLR et renforçant le discours de haine et de division.
Pire encore, Tshisekedi a publiquement qualifié les révolutionnaires de l’AFC/M23 de « Terroristes » ou de « Pantins », alors que l’AFC/M23 appelle inlassablement aux différents dialogues pour mettre fin au conflit, une démarche aujourd’hui soutenue par plusieurs dirigeants mondiaux, notamment après la prise de Goma et de Bukavu.
Isolement diplomatique et faillite politique
En mars 2024, lors d’une visite à Kinshasa, le président français Emmanuel Macron a confronté Tshisekedi en ces termes :
« Depuis 1994, vous n’avez jamais réussi à restaurer la souveraineté militaire, sécuritaire ou administrative de votre pays. C’est un fait. On ne peut pas chercher des coupables à l’extérieur. »
Mais plutôt que d’assumer et de chercher des solutions adéquates, Tshisekedi a utilisé la crise comme prétexte pour s’accrocher au pouvoir, allant jusqu’à préparer une modification constitutionnelle afin de prolonger son mandat.
Son règne est marqué par la corruption endémique, le détournement des fonds publics, le népotisme et l’échec flagrant de toutes ses promesses électorales. Après six années, il n’a rien apporté au peuple congolais. Renier ses propres compatriotes, en revanche, il l’a fait avec zèle. Ce n’est plus seulement de la mauvaise gouvernance : c’est une véritable idéologie génocidaire en action, un acte de haute trahison contre la nation.
En définitive, l’agression de Tshisekedi contre son propre peuple, son refus obstiné du dialogue et son rejet des initiatives régionales de paix plongent la RDC dans un isolement diplomatique dangereux. S’il poursuit sur cette trajectoire destructrice, il laissera derrière lui une RDC encore plus fracturée, plus affaiblie : une nation au bord de l’implosion, impossible à reconstruire pour ses successeurs.
Car persécuter une communauté, désavouer ses propres citoyens et protéger les bourreaux du peuple ne sont pas seulement des fautes politiques : ce sont des crimes contre la nation et contre l’humanité.
Jean Placide Assumani
