Les images en provenance du théâtre des opérations dans les provinces orientales de la République Démocratique du Congo viennent bouleverser les différents schémas concoctés par les dirigeants régionaux africains et les puissances occidentales en vue d’un retour à la paix. Alors que les deux processus de paix (Nairobi et Luanda) sont au point mort, la guerre semble redéfinir une nouvelle facette de règlement militaire de la crise. Soit cette escalade conduira à un dialogue précipité, soit elle pourrait départager rebelles et gouvernement.
La très mauvaise approche de Luanda consistant à ignorer la dimension interne de la crise congolaise a fini par conduire à l’enlisement du processus.
L’insuccès du dernier face-à-face raté entre les présidents Félix Tshisekedi et Paul Kagame à Luanda à l’initiative du chef de l’état angolais Joâo Lourenço et l’obstination de Kinshasa à ne jamais ouvrir des discussions avec l’Alliance Fleuve Congo (AFC) qui comprend en son sein le Mouvement du 23 mars (M23), préfiguraient un dangereux durcissement de la crise.
Des appels envers Tshisekedi pour l’ouverture des négociations
Rodriguez Katsuva, journaliste et écrivain congolais a vite fait d’interpeller le président Félix Tshisekedi afin de prendre la situation très au sérieux.
« Il faut négocier avec les rebelles du M23 ! Félix Tshisekedi a dit que même si les rebelles arrivaient à Kinshasa et encerclaient sa maison, il n’allait pas négocier ! Pour lui c’est donc de l’orgueil et non une question de penser au bien de ces populations déplacées », a-t-il souligné dans un message sur X.
Pour ce jeune professionnel des médias originaire du Nord-Kivu, « négocier avec le M23 c’est plus salutaire pour les populations que de changer la Constitution !
Négocier permettra à la paix de revenir et à 3 millions de citoyens de rentrer chez eux. L’économie renaîtra », insiste Rodriguez Katsuva.
Pour sa part, le banquier Benjamin Umba se dit consterné par l’évolution de la situation à l’Est de la RDC.

« Je parle rarement de ça, mais la situation à l’Est de la RDC fait mal . On dit que le M23 est soutenu par le Rwanda, mais comment comprendre que malgré la présence des résistants Wazalendo (Nord-Kivu), des Ougandais (Beni et Ituri), Burundais (Nord-Kivu) et les troupes de la SADC (Goma), on perd du terrain chaque jour. Pourquoi on ne peut pas analyser cela? », demande-t-il.
Clique au pouvoir et famille biologique de Tshisekedi s’accrochent
« Changer la Constitution va permettre à Félix et à sa famille de rester au pouvoir encore pendant 20 ans », s’inquiète Rodriguez Katsuva qui constate qu’en dépit des défaites militaires enregistrées par le régime, une petite caste de privilégiés encourage le président à garder une main d’orgueil.
Grace Tshiunza Tantamika, auteur d’un rapport sur la nébuleuse Virunga continue de croire que « Félix Tshisekedi s’est donné raison en répondant présent à tous les sommets internationaux et régionaux, en perspective d’un accord de paix entre le Rwanda et la RDC, poussant Paul Kagame à une arrogance notoire de croire que le Fils d’Etienne Tshisekedi était naïf ».
Il soutient que dans sa stratégie, le président congolais a d’abord voulu « Concasser l’armée de manière stratégique en mettant certains généraux complices du Rwanda en garage ».
Il révèle que Tshisekedi a toujours voulu jouer au naïf pour obliger le président Kagame à accepter la réalité en face. Grace Tshiunza Tantamika souligne dans une tribune, que Félix Tshisekedi est maintenant « En position de force en privant Paul Kagame de tous les arguments de raison ».
Il soutient haut et fort que « L’année 2025 serait peut-être une année de restauration d’une paix durable à l’Est de la RDC ».
La guerre supplante le dialogue

D’après Benjamin babunga, Économiste et Agent de développement explique sur base de témoignages, que les maux qui rongent les FARDC sont notamment le détournement des fonds, les mauvais ordres, la lâcheté et la trahison.
Dans son cri de cœur, il précise que « Les militaires ont été dotés en tenues militaires une seule fois depuis plus d’une année déjà. Et pour en avoir une deuxième, il faut acheter à 40$ ou 50$, si vous voulez apparaître ».
Les fonds destinés à l’effort de guerre sont transférés dans l’est du pays, puis retournés immédiatement en totalité ou à 80% à Kinshasa, pour être détournés. Il ajoute que « Sur les lignes de front, les officiers s’évertuent à mentir sur les réalités. On ne donne jamais le bilan de morts des FARDC auprès de la hiérarchie, qui du reste est aussi corrompue », rapporte-t-il.
Rien que dans la ville de Goma, il y a plus de 15 Régiments d’infanterie et des unités spéciales, incapables de faire face aux rebelles.
« Chaque Commandant a le Fonds Secret de Recherche (FSR). Ces fonds sont des millions et sont débloqués chaque mois par le Trésor Public. Par FSR, on entent le déploiement des agents doubles, par exemple, dans différents secteurs opérationnels, pour recueillir les informations nécessaires à la conduite de la guerre », précise Benjamin.
Dans cet environnement, il devient impossible de penser à une quelconque victoire militaire du gouvernement. D’après des analystes politiques de Goma, la pression exercée par l’AFC/M23 pourrait conduire à un dialogue où Tshisekedi sera en position de faiblesse. Sans quoi, la guerre s’imposera.
Brique Lutandilafio
