A la clôture du XIXème sommet de la francophonie tenu à Villers-Cotterêts et paris les 4 et 5 octobre 2024, le président français a eu séparément, deux tête-à-tête. Avec le président Félix Tsihisekedi de la RDC vendredi soir et avec le président Paul Kagame du Rwanda samedi matin. Entretiens déterminants qui a permis de réévaluer le processus de paix en panne entre les deux Etats d’une part, et les stratégies idoines pour la résolution de la crise interne en République Démocratique du Congo d’autre part.
Au cours du point de presse final, Emmanuel Macron a révélé avoir proposé aux deux présidents (I) de parvenir à un accord dans le cadre de la médiation Angolaise; (II) de compter sur l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF) pour jouer un rôle en soutien aux accords régionaux; (III) le retrait du M23 et des troupes Rwandaises; (IV) de procéder au démentiellement des FDLR et de tous les groupes armés en RDC; (V) l’arrêt des discours de haine; (VI) la reprise du processus politique avec le M23 (AFC) et avec toutes les composantes politiques et (VII) enfin d’envisager une approche globale pour régler le conflit de l’Est en profondeur.

C’est depuis le 06 Juillet 2022 que la tripartite de Luanda, entre les présidents Joào Lourenco de l’Angola, Félix Tshisekedi de la RDC et Paul Kagame du Rwanda avaient lancé le marathon de rencontres, annonçant une commission mixte pour continuer les pourparlers. Un peu avant le 29 Mai 2022, l’ancien Président de l’Union Africaine, le Sénégalais Macky Sall avait proposé son homologue Angolais Joao Lourenco comme médiateur dans la crise Congolaise. Le 30 novembre 2023, le président Angolais était reçu à la maison blanche et en est sorti avec les assurances de poursuivre sa médiation dans la crise Congolaise. Le président américain, en fin mandat sera à Luanda du 13 au 15 octobre 2024.
Joe Biden veut quitter le pouvoir garanti d’avoir rassuré son pays de la construction du chemin de fer reliant le port angolais de Lobito à la RDC jusqu’en Zambie.1300 km de rails de ce corridor de Lobito utile pour l’exploitation et le transport du cobalt. Donc il faut une RDC plus sûre et pacifiée, pour laquelle la médiation Angolaise est plus qu’utile. Mais seulement voilà, la dernière réunion de Luanda (du 14 et 15 septembre 2024), a été sabotée par Kinshasa qui n’avait pas apprécié que le médiateur Angolais invite l’Alliance fleuve Congo en consultation en Angola. Tout le monde attend l’arrivée du président Américain à Luanda du 13 au 15 octobre afin de booster ce processus.
Le président Emmanuel Macron a annoncé aussi la disponibilité de l’Organisation Internationale de la Francophonie à s’impliquer pour finir la crise à l’Est de la RDC et entre la RDC et le Rwanda. Pour le président Français, la Francophonie doit être un « espace d’influence diplomatique », qui défend la souveraineté et l’intégrité territoriale partout à travers la planète. La francophonie avec ses 88 Etats membres, est donc utile pour la RDC qui en est l’un de ses états les plus instables et sur lequel Emmanuel Macron a dit avoir passé plus de temps durant ce XIXeme sommet.

Pour le retrait du M23 et les troupes Rwandaises du sol Congolais, le débat sera le même comme toujours. Depuis la semaine du 10 septembre 2024, Luanda avait invité une délégation des rebelles qui avait précisée que maintenant il faut s’habituer à négocier avec l’AFC (Alliance Fleuve Congo). Rien que cette mutation politique du M23 qui fait partie des entités fondatrices de l’AFC, mouvement révolutionnaire politique avec sa branche armée ARC (Armée révolutionnaire du Congo), beaucoup de choses ont changé dans la forme, l’idéologie, la vision et l’objectif de la guerre. Le Rwanda a ses revendications en rapport avec sa sécurité et l’AFC en a les siennes qui touchent largement à la gouvernance de la RDC.
Au démentiellement des FDLR, le président Français ajoute « tous les groupes armés en RDC ». Emmanuel Macron va plus loin que les analyses sur les processus de paix régionaux. Les autres groupes armés sont des alliés du gouvernement congolais. Ce sont les Maimai renommés Wazalendo et les VDP ( Volontaires pour la Défense de la Patrie). Les VDP sont une association des groupes armés APCLS (Alliance des Patriotes pour un Congo Libre et Souverain) de Janvier Kalahiri, NDC-rénové (Nduma défense du Congo de Guidon Mwisa, CMC ( Coalition des Mouvements pour le Changement) de Sanctus Dominique et Jules Mulumba, et les Nyatura de Jean-Marie Bonane. La RDC compte des centaines des groupes armés nationaux et étrangers dont une bonne partie est alliée au gouvernement qui leur fournit armes et munitions.
A la question des discours de haine, le gouvernement Congolais est accusé par plusieurs ONG de diviser les Congolais et discriminer certains originaires de la partie orientale du pays gratuitement qualifiés d’étrangers. La RDC est divisée ces derniers temps. Le Rwanda est peint dans toutes les couleurs de malheur. La haine contre les Congolais parlant Kinyarwanda est flagrante. Il est vrai que certaines autorités tentent de relativiser mais dans les réseaux aux sociaux, à la télévision nationale et dans les medias Kinois les discours de haine sont à foison.
Le président Emmanuel Macron invite le gouvernement Congolais à ouvrir le dialogue avec le M23 (AFC), chose que le chef de l’Etat Congolais a rejeté à plusieurs reprises. Il ajoute à ce dialogue avec l’AFC « toutes les composantes politiques. »
Le jeudi 03 octobre, avant de se rendre au XIXème sommet de la francophonie en France, Félix Tshisekedi en visite en Hongrie, a réfuté l’idée d’un dialogue de cohésion nationale demandé par quelques opposants de Kinshasa. La demande d’Emmanuel Macron est une autre charge assez lourde pour Kinshasa. Tout comme l’AFC, le président Français exige la fin de la crise profonde à l’Est de la RDC. C’est parmi les principaux objectifs du projet de société de l’Alliance Fleuve Congo qui est souvent traité avec légèreté depuis plus de trois décennies que durent les conflits au pays.
Ces sept points dits en cinquante cinq secondes lors du dernier point de presse du XIXeme sommet de la francophonie, sont tout un programme politique et sécuritaire régional et national dont la RDC devrait en faire un plan de sortie de crise. Le politique Congolais a ici un outil important afin d’honorer le plus grand pays francophone en nombre de locuteurs.
Jean-Leroux NTITA
