
La MONUSCO est présente en République Démocratique du Congo depuis plus de deux décennies. Pourtant, malgré des milliards de dollars investis, elle s’est révélée incapable de stabiliser le pays. Aujourd’hui, une question fondamentale se pose : est-il réaliste de croire qu’une seule année supplémentaire apportera ce que vingt ans d’échecs n’ont pu produire ? Cette énième prolongation ne sert-elle pas, en réalité, qu’à justifier les budgets colossaux alloués par les puissances internationales ?
Sortir de la gestion bureaucratique du conflit
Au lieu de se limiter à un renouvellement mécanique de son mandat, le Conseil de sécurité devrait centrer sa réflexion sur les causes profondes du conflit. Pourquoi la guerre persiste-t-elle malgré la présence internationale ? Une paix durable ne peut émerger que si l’on met en place des mécanismes fondés sur une compréhension réelle des enjeux locaux :
- Le Dialogue direct : La résolution de la crise dépend impérativement d’un engagement sincère entre le gouvernement congolais et l’AFC/M23. Ignorer les acteurs de terrain condamne la région à un statu quo meurtrier.
- La Sécurité des populations : À Beni, en Ituri, à Butembo ou à Djugu, l’insécurité est devenue chronique et généralisée. Le contraste est frappant : dans les zones qualifiées à tord sous occupation rebelles où l’ordre a été rétabli, comme on a pu l’observer à Goma, la fin du chaos (tueries, vols armés, enlèvements) est la priorité absolue des autorités de l’AFC-M23.
- La Transparence économique : La guerre perdure car elle est lucrative. Une paix réelle exige une gestion rigoureuse des ressources naturelles pour qu’elles profitent au peuple et non aux réseaux de prédation.
Le risque des manœuvres diplomatiques déconnectées
Exiger le retrait de l’AFC/M23 à plus de 75 km de la ville d’Uvira, sans le déploiement préalable de forces neutres et crédibles, est une manœuvre périlleuse. Une telle décision, prise sans garantie sécuritaire pour les civils, risque de replonger une fois de plus nos populations dans une vulnérabilité totale. On ne peut pas demander un vide sécuritaire là où l’État et l’ONU ont déjà échoué à protéger les populations.
Une solution congolaise avant tout
Il est temps de se rendre à l’évidence : la crise est congolaise et la solution ne viendra que des Congolais. La MONUSCO peut, au mieux, jouer un rôle d’accompagnateur, mais elle ne pourra jamais se substituer à la volonté politique nationale.
La paix ne se décrète pas par le renouvellement d’un mandat à New York ; elle se construit par le courage politique d’affronter les réalités du terrain. Il est urgent de passer d’une logique de « maintien de la paix » à une véritable construction de la stabilité souveraine.
Jean Placide Assumani
