Kinshasa vient d’annoncer l’arrestation de six (6) individus prétendument impliqués dans le cambriolage et sabotage du mausolée de Patrice Emery Lumumba. L’Agence Congolaise de Presse avait publié le mardi 19 Novembre 2024 les extraits du communiqué du ministère de la Culture, Arts et Patrimoines, dénonçant la désacralisation de la sépulture de Patrice Emery Lumumba. Heureusement, la famille a précisé que, faute de sécurité, la dent de Lumumba avait déjà été déplacée de l’échangeur de Limete au museau contemporain, vers un lieu plus sécurisé et non révélé.
Qui et pourquoi s’en prendre à Lumumba en cette période très agitée d’une campagne sulfureuse de changement de la constitution ? La RDC riche en culture, manque des vrais responsables pour valoriser son patrimoine.
Dans ce communiqué très laconique du ministère de la culture, arts et patrimoines, il n’est pas précisé si la dent restituée le lundi 20 Juin 2022 par la Belgique, avait été emportée par des cambrioleurs ou pas. La presse Congolaise et les témoins n’ont publié que les photos et vidéos du mausolée détruit, le cercueil cassé et ouvert abandonné par terre, aux pieds de la statue en bronze de 10m du héros national.
Cette profanation vient confirmer le doute de la société civile Belge et sa classe politique qui étaient dubitatives sur les capacités des Congolais à recevoir, protéger et conserver les biens et objets culturels avec les restes humains, pillés, volés ou emportés en Belgique pendant plus de soixante-dix ans entre 1885 et 1955.
Impréparation, disputes et détournements sur Lumumba
Le site de l’échangeur de Limete, en plein cœur de Kinshasa, abritant le musée contemporain de la RDC, est un lieu hautement touristique de la ville et pittoresque. C’est sous la tour de 210m construite entre 1970 et 1974 que l’ancien Premier Ministre Sama Lukonde avait choisi de faire ériger le mausolée de Patrice-Emery Lumumba.
Le Président Félix Tshisekedi voulant marquer un autre événement fastueux au bilan de son règne, avait presque improvisé et précipité le retour des reliques du premier premier ministre de la RDC sans une préparation appropriée.
Le budget du grand événement du retour des reliques de Lumumba était discuté au secrétariat général du ministère de la culture durant la cogérance avec le régime de Joseph Kabila pour des montants et chiffres faramineux, sans arriver à un accord avec les différentes équipes des ministères concernés.
Plus tard, sous le régime Tshisekedi, la Présidence de la république s’est emparée du dossier avec des conseillers occultes et le cabinet du premier ministre. Des millions de dollars décaissés dont 800.000$, seulement pour un documentaire jamais monté ni diffusé depuis Juin 2022.
Les Lumumbistes tel que Lambert Mende, originaire de la province du Sankuru comme Parice-Emery Lumumba souhaitaient l’installation d’un comité qui devrait d’abord discuter sur les circonstances de l’assassinat de l’ancien premier ministre, la réparation par la Belgique avant tout rapatriement de son corps.
Le Premier ministre Sama Lukondelui aussi avait précipité le dossier au point qu’il avait perdu la première cassette contenant d’autres archives des biens et objets culturels à restituer par « AfricaMuseum » de Bruxelles.
84.000 biens culturels conservés par la Belgique
Revenu à Kinshasa, le Premier Ministre Sama LukondeKyenge avait déposé le jeudi 10 Mars 2022, une autre cassette des échantillons de 84 milles biens culturels du contentieux culturel avec la Belgique à restituer.
La dent de Lumumba est alors arrivée en RDC en faisant le dernier voyage des adieux dans les villes où il est né, où il a travaillé et où il a été assassiné en négligeant ses vraies reliques. A Kisangani, les organisateurs avaient ignoré la machine à écrire, son téléphone et sa dernière lettre administrative de 1944 dans son bureau de la poste.
A Kinshasa, les organisateurs ont carrément snobé la dernière voiture de Patrice-Emery Lumumba, une Ford/Maverick posée sur des pierres dans sa parcelle familiale située sur le boulevard du 30 juin en face du cimetière de la Gombe.
La Belgique attend que la RDC définisse une bonne politique de restitution des biens et objets culturels avec les restes humains selon leurs origines et provenances. Dans toutes les provinces de la RDC sous la colonisation Belge, des tombes avaient été profanées pour y voler des têtes des rois, des amulettes, des masques qui sont exposés partout dans le monde sous autorités des privés.
Des œuvres des Congolais avaient été aussi confisquées ou trafiquées pour des raisons des recherches scientifiques, anthropologiques, ethnographiques, géologiques historiques. Ces vestiges et d’autres patrimoines végétaux, lacustres, animaliers, des civilisations… font la gloire touristique du musée royal de l’Afrique Centrale de la Belgique (Africamuseum) depuis des lustres.
Patrimoine inestimable ‘’irresponsablement’’ gaspillé

Un décret était déjà signé depuis 2022 sur le rapatriement des biens culturels, les archives et les restes humains du passé colonial. En septembre 2023 le directeur de « AfricaMuseum », Bart Ouvry, était arrivé à Kinshasa pour travailler avec la Commission Nationale chargée du rapatriement avec l’implication des réparations.
A part les reliques de Lumumba, il y a la tète du Roi M’siri des Bayeke, tranchée le 20 décembre 1891 qui serait en Angleterre. Les secrets des hommes léopards Les Anioto « Bihokohoko » du territoire de Beni au Nord-Kivu et ceux de l’ex province de l’équateur sont restés sans recherches approfondies.
Les masques et statues de toutes les civilisations du Congo depuis le peuple Songye du Sankuru, Pende dans le Kwilu ou encore pêlemêle ceux des Kongo, Chokwe, Lunda… sont des richesses gardées dans des musées de partout au monde. L’écriture rupestre dans les grottes de Lovo au Kongo-Central, les bâtons d’Ishango, la première calculatrice de l’histoire 25.000 Avant Jésus-Christ sont négligés.

Le masque Chokwe dit Mwana Mpow est unique au monde avec une valeur inestimable. C’est la Joconde congolaise qui est sur le Franc congolais. Le tissu Kuba dont les motifs ont été imités partout dans le monde est, selon des culturels congolais, le géniteur du cubisme de Picasso.
De Cuba aux Antilles en passant par la Colombie et les Caraïbes, l’héritage des esclaves partis de Nsiamfumu au Congo-Central, l’héritage de la culture Congolaise garde des millions d’argent en recette qui sont des manques à gagner mais aussi des motifs perdus pour des discussions intellectuelles sur les valeurs mondiales congolaises.
A Rome, à la cathédrale Sainte Marie Majeure, trône la statue de Manuel Nsaku Ne Vunda, premier ambassadeur africain d’origine congolaise, près le Saint-Siège. Ce prestige mondial Congolais du Vatican, du 17eme siècle, est visité par des milliers de touristes.
Le Jésus Noir prié à Porto Belo de Panama en Amérique centrale, avec une civilisation partie du Kongo Centrale, le vaudou et le créole de la foret de M’vula, sont des immensités culturelles Congolaise jamais revalorisées.
La politique culturelle congolaise a failli
La sécurité négligée au mausolée du premier ministre Patrice-Emery Lumumba donne à la société civile et aux politiques Belges des arguments pour ne pas restituer des millions des biens, objets culturels et restes humains qui ne seront pas bien protégés.
Depuis que la fille de Gérard Soete en 2016 l’un des tueurs de Patrice-Emery Lumumba avait révélé que son père a laissé cette dent, un vrai procès n’a jamais été exigé contre la Belgique, les Usa du président Dwight Eisenhower et certains Congolais qui étaient recrutés avec 250.000 $ dans le ‘’Project Wizard’’ pour tuer P-E Lumumba en 1960.
Soulignons que les intérêts Belges en RDC sont d’abord culturels avant d’être économiques et politiques. Le gendarme Katangais Belge, Gerald Soute qui avait découpé le corps du premier ministre Lumumba dans la nuit du 17 Janvier 1961, avait gardé deux dents et deux doigts pendant quarante ans.
Il avait jeté une dent dans la mer du Nord. C’est triste pour la RDC qui ne sait pas garder une si précieuse dent en seulement deux ans de sa restitution. Ainsi sont perdues l’honneur, le sérieux, la culture du culturel, le savoir du monde et l’émancipation, soixante-quatre ans après l’indépendance.
Jean-Leroux NTITA
