Alors que tous les chefs d’Etat de la Communauté des Pays de l’Afrique de l’Est (EAC) considèrent que c’est la RDC qui freine le développement régional et bloque l’éclosion économique de toute l’Afrique, la dernière visite du Président Félix Tshisekedi à Entebbe en Ouganda, sur invitation de Yoweri Kaguta Museveni est une suite normale, de la recherche de la paix et du développement dans la région des grands-lacs.
Les congolais ont suivi avec attention les retombées de l’entretien entre Yoweri Museveni et Félix Tshisekedi axé principalement sur des évaluations économiques et sécuritaires. Au plan économique, l’Ouganda avait conclu plusieurs accords avec Kinshasa, lesquels ententes sont restées lettre morte. Depuis quelques mois, l’Ouganda voit avancer les rebelles « Révolutionnaires » de l’Alliance Fleuve Congo (AFC) sur deux axes, vers le grand nord (Butembo et Beni) et en direction du territoire de Walikale.
30 ans de crise sécuritaire, c’est trop
Depuis 1985, Yoweri Museveni accuse les dirigeants successifs de la RDC de déstabiliser son pays par la situation de « Non État ». Il y a quelques jours, le président Ougandais déclarait que la RDC est un « Failled country », un pays en faillite comme était l’Ouganda sous Idi Amin Dada qui régna à Entebbe entre 1977 et 1979. Dans les années 80, le président Mobutu Sese Seko avait recruté les rebelles Ougandais des NALU (National Army for Liberation of Uganda) qui agressait l’Ouganda à partir du territoire de Beni, avec leurs alliés des ADF ( Forces Démocratiques Alliées) comme bouclier face aux incursions ougandaises.
En réaction, Yoweri Museveni avait rapidement récupéré puis intégré les NALU dans son armée et son gouvernement afin de fragiliser cette rébellion pro-zaïroise. Aujourd’hui ce sont des intégristes ADF Ougandais qui tuent dans le territoire congolais de Beni, sans plus jamais attaquer leur pays l’Ouganda.
Prioritairement une solution politique
Le Président Ougandais est un fervent défenseur de la thèse de la Solution Politique à la guerre de l’Alliance Fleuve Congo. Il y a une année, le 23 Juillet 2023 au cours d’échanges avec la délégation de l’Union Africaine à Entebbe, Yoweri Museveni avait suggéré au président de la commission de l’Union Africaine Moussa Faki que résoudre la crise à l’Est de la RDC était une question très simple.

« Il faut un dialogue direct avec les rebelles du M23, ramener les refugiés congolais sur leurs terres et intégrer ceux qui le veulent dans l’armée Congolaise. Ceci n’est pas une lourde tache, disait-il, car les M23 ce sont des Congolais. »
Yoweri Museveni reconnu sage des pays de la région de l’Afrique de l’Est, donne souvent l’exemple de son pays. Les populations Ougandaises de toute la région de Mbarara jusqu’à Kisoro au Sud-ouest, sur la frontière de Bunaganaavec la RDC parlent la langue Kifumbira découlant du Kinyarwanda.
Ils ne sont jamais discriminés en Ouganda, malgré leurs souche Rwandaise. Mais en RDC, les discours de haine discriminent tous ceux qui parlent le Kinyarwanda, interpellait-il. Le Président Museveni estime qu’il faut solidement résoudre cette question épineuse pour la paix dans toute la région.
Avec la sortie de l’AFC le 15 décembre 2023 qui comprend en son sein le M23 dans une révolution « Constitutionnelle », la donne a drastiquement évolué. Les dirigeants régionaux commencent à souhaiter la mise en place d’un gouvernement responsable à Kinshasa, afin de marier les attentes de tous les chefs d’état de l’Afrique de l’Est avec le destin du géant Congo. Bâtir un Etat favorable au développement de toute l’Afrique comme le prévoyait la communauté mondiale avant 1885.
Exploiter concomitamment le pétrole et le gaz du lac Albert

Parmi les points discutés entre Félix Thsisekedi et Yoweri Museveni, mercredi 30 octobre 2024, figurait l’exploitation du pétrole entre les deux pays autours du lac Albert. C’est encore la RDC qui avait raté le départ avec des discussions et polémiques sur ce mégaprojet de plusieurs milliards de dollars.
Les ONG de protection de l’environnement avaient réussi à stopper les recherches en RDC mais du coté Ougandais, d’ici 2025, ils devront produire 230 000 barils de pétrole par jour sur les 6.5 milliards de sa réserve. L’Ouganda va devenir le 7eme pays producteur du pétrole en Afrique. La RDC produit seulement 20 000 barils de pétrole par jour selon les estimations de 2023.
En 2022, la RDC avait mis aux enchères les droits d’exploitation, de 3 blocs gaziers et 27 blocs pétroliers situés entre le Graben Albertine, le lac Albert et le Lac Edouard. La rébellion de l’AFC contrôle une partie de cette région du Lac Edouard dans le territoire de Rutshuru.
La RDC bloque le décollage économique de la région
En quittant Entebbe le président Félix Tshisekedi a dit en exergue : « Faire confiance en la sagesse de Yoweri Museveni » espérant que tout ce qu’ils se sont dits va se réaliser.
Si le président Ougandais n’avait pas eu la prudence d’énumérer les 4 points de leur tête à tête, il y aurait eu une confusion sur le fonds et l’interprétation des dossiers évoqués. Même si tout ce qui se dit en ces hauts lieux n’est pas révélé au grand public, à travers ces points on ne peut que retenir le vouloir d’une bonne gouvernance en RDC.
L’Ouganda a déjà construit ses routes jusques aux frontières de la RDC. La frontière de Kamango pour l’exportation du cacao du territoire de Beni en fait partie. La route sur la frontière de Kasindi pour la sortie et l’entrée des articles du commerce florissant avec le Grand Nord, l’Ituri et la Tshopo y sont en bonne position. Tout comme les Frontière de ARU et Mahagi pour la sortie de tous les minerais de l’Ituri.
La frontière de Bunagana pour la facilitation avec le Sud du Nord-Kivu à Kampala et la suite avec le Kenya et la Tanzanie jusques à l’océan Indien. Dans la région, seule la RDC manque de routes asphaltées en contact direct avec l’Ouganda.
Depuis le 20 Mai 1997, quand Yoweri Museveni avait prononcé son discours à l’investiture de Mzee Laurent-Désiré Kabila au stade des martyrs à Kinshasa, il n’a jamais changé de position. Il demeure très sévère envers les dirigeants Congolais qui ne respectent généralement pas leurs engagements.
En 2012-2013 quand il abritait le dialogue de Kampala entre le gouvernement de Joseph Kabila et le M23 première version, il avait toujours considéré que c’est sur une table des discussions politiques sincères que finira la crise de la RDC.
Il n’y a plus une autre alternative pour Félix Tshisekedi que de se plier aux desiderata de ses collègues de la région : « Un dialogue politique sincère avec l’AFC afin de promouvoir l’éclosion économique de la région ». C’est ce que pense le Rwanda qui est en vase communiquant avec l’Ouganda.
Jean-Leroux NTITA
