Elle s’est adressée à la presse pour la toute première fois, en dehors des interviews occasionnelles. Et déjà, doit-elle s’attaquer à des crises aiguës. Enseignants, médecins, fonctionnaires et même le personnel de l’administration judiciaire. Grognes généralisées qui préoccupent pertinemment Judith Suminwa.
Nommée Première Ministre le lundi 1er avril 2024, et entrée en fonction le 12 Juin 2024, c’est pour la toute première fois que Madame le premier ministre Judith Saminwa a parlé à la presse congolaise le vendredi 11 Octobre 2024 face à quatre journalistes de Kinshasa, soigneusement triés. Parmi les sujets pendants, figurait cette grève remarquable des enseignants qui entame sa troisième semaine de manifestations.

« Je pense qu’une certaine dose de patriotisme est importante pour ne pas laisser nos enfants à l’abandon… » a-t-elle réagi en invitant les enseignants à la retenue et même à stopper leur mouvement de grève.
Explications lacunaires qui ne rassurent plus
Plus patriote qu’un enseignant Congolais, il n’y a pas ! La cheffe du gouvernement congolais a manipulé aisément la langue de Molière sans parvenir à calmer la tension sociale. « Il y a eu une commission paritaire sur laquelle le banc syndical et le banc gouvernemental se sont mis d’accord. On a bien indiqué la problématique que nous avions. On s’est mis d’accord sur un certain nombre de pas qu’on va faire d’un point de vue financier. », a-t-elle expliqué. Les enseignants ont réservé une fin de non-recevoir à cet appel de Judith Suminua. Les membres de la synergie des syndicats enseignants de la RDC, réunis samedi le 12 octobre en assemblée générale ont exigé un salaire minimum de 500 $ américains sans discriminations. Leur porte-parole Jean-Bosco Puna a rappelé que « les enseignants font fasse à une misère criante ».
Les enseignants congolais ont traversé toutes les misères
La longue histoire de la grève des enseignants commencée depuis les années 70 prouve que c’est plutôt l’Etat Congolais qui n’accorde pas de considération aux discussions et arrangements avec ses travailleurs du système d’enseignement congolais. Le 12 Février 2004, la RDC avait surpris le monde en fixant l’accord de Mbudi dans les objectifs du contrat social avec un salaire minimum de 172$ pour un huissier et 1.738$ pour un secrétaire général dans le nouveau barème du deuxième palier amélioré. C’était après que le gouvernement s’était rétracté pour n’avoir pas respecté le premier palier qui fixait le salaire minimum à 208$ au huissier et 2080$ au secrétaire général.
Les tentatives de Félix Tshisekedi

Dans son discours à la nation du 06 décembre 2020, Félix Tshisekedi Tshilombo s’était engagé à une réduction du train de vie des institutions politiques avec interdiction stricte d’augmentation des salaires. Hélas, l’ancien président de l’assemblée nationale Christophe Mboso s’était plutôt vanté d’avoir augmenté le salaire du député national de 4000$ à plus de 21000$. A son arrivée au perchoir de l’assemblée nationale, Vital Kamerhe avait par contre recadré son prédécesseur durant la plénière du 15 juin 2024 au palais du peuple, en indiquant que l’émolument d’un député était de 14 millions de Francs Congolais soit près de 5000$. Les chiffres avancés par vital Kamerhe sont très discutables aux yeux des syndicalistes Congolais.
Aujourd’hui le salaire minimum d’un enseignant est de 268 079 FC soit moins de 90$. Avant la gratuité de l’enseignement, il était à 155.130 FC soit moins de 55$.
Demander à un citoyen Congolais de vivre avec ce salaire par patriotisme équivaudrait à lui demander de consentir un sacrifice au delà de l‘imaginable. Le Patriotisme a ses limites quand l’injustice sociale devient mode de gouvernance.
