La réunion programmée avant l’arrivée annoncée du président Américain à Luanda en Angola s’est enfin tenue entre Kinshasa et Kigali le samedi 12 octobre 2024. Une rencontre au petit sourire lorsqu’on sait que depuis une semaine, les deux parties se sont livrées une guerre de tweets et que Kinshasa s’était officiellement éloigné du processus.
Lors de la rencontre assez houleuse du 14 septembre dernier, la ministre Congolaise des affaires étrangères Thérèse Kayikwamba Wagner avait catégoriquement rejeté le plan harmonisé de neutralisation des FDLR proposé par les experts militaires et des renseignements de la RDC, du Rwanda et de l’Angola, conclu après leur rencontre de Rubavu au Rwanda les 29 et 30 Aout 2024. Il s’en est suivi une guerre médiatique entre les deux ministres des affaires étrangères sur X interposés et même au Conseil de sécurisé des Nations-Unies. Le ministre de la communication de la RDC Patrick Muyaya en avait ajouté une dose de trop, dans une interview sur Radio France Internationale le 11 Octobre 2024, minimisant la signature du General Major Christian Ndaywell qui selon Muyaya : « n’a pas pouvoir de décision comme expert ».
Le voyage de Biden était très accrocheur

Avec l’annulation du voyage de Joe Biden, qui était attendu en Angola du 13 au 15 Octobre 2024 l’ampleur de la rencontre de Luanda avait perdu toute son attractivité diplomatique, selon les observateurs. Finalement, c’est ce samedi 12 Octobre que les ministres Congolais et rwandais se sont de nouveau rencontrés en tête-à-tête jusqu’à parvenir à signer le procès-verbal qui les lie sur les activités et responsabilités respectives contenues dans le plan harmonisé de neutralisation des FDLR et le désengagement des forces/levée des mesures de défense du Rwanda.
Les ministres ont mandaté le facilitateur pour élaborer un plan détaillé de mise en œuvre du plan harmonisé dont le rapport devrait être analysé lors de la prochaine Réunion Ministérielle à une date à convenir. Les ministres ont également convenu de continuer à travailler sur les questions de sécurité en suspens contenues dans le projet de paix proposé par le facilitateur.
Les deux parties dubitatives
Dans un court message sur son X, le ministre rwandais des affaires étrangères Olivier J.P Nduhungirehe a écrit laconiquement : « signature, cette nuit (NDLR : Samedi) à Luanda, du procès-verbal de la cinquième réunion ministérielle sur la paix et la sécurité dans l’Est de la RDC. Le processus de Luanda est toujours sur la bonne voie. »
Le processus de Luanda est toujours sur la bonne voie ?
On peut y aller avec cet optimisme, presque stoïque du ministre rwandais des affaires étrangères. En effet, Kinshasa n’avait plus le cœur à l’ouvrage après la quatrième réunion qui avait fait inscrire un point sur le dialogue direct avec l’AFC. La colère de Félix Tshisekedi était traduite dans un refus catégorique de Kinshasa. En plus, la tentative ratée d’arrêter secrètement le chef des FDLR, Sieur OMEGA, le 26 septembre 2024, avant la 79ème session de l’assemblée générale de l’ONU doit avoir joué sur le tempérament de Kinshasa. Peu après, Félix Tshisekedi a calmé le jeu en faisant publier un message de l’armée de ne pas attaquer les alliés car l’attaque contre les FDLR était tombée sur les alliés de l’APCLS de Janvier Kalahiri et sur les Wazalendo.
Un processus très accidenté

Le processus de Luanda va continuer en dents de scie. Revoir la délégation Congolaise encore à Luanda après l’allocution de la ministre Wagner le 08 octobre au Conseil de sécurité donnant la condition de « simultanéité » de neutralisation des FDLR et du désengagement des troupes rwandaises, il y a eu un pas comme ironise le ministre Rwandais en disant que « Toujours sur la bonne voie. » En mandatant les experts pour élaborer un plan détaillé de mise en œuvre de Plan harmonisé de neutralisation des FDLR et le Désengagement des forces, on tourne à rond et c’est un cercle vicieux cachant des dilemmes. Kinshasa ne saura pas neutraliser son allié FDLR sans d’abord harmoniser ses relations politiques avec le Rwanda. Les opérations de neutralisations des FDLR doivent être mutuelles et en commun coordonnées afin de rassurer les deux pays.
Aussi, travailler sur les questions de sécurité en suspens tel que proposé par le facilitateur, c’est revenir sur le plan de la Francophonie, des vœux de l’Union Européennes et le communiqué des Nations Unies du 30 Avril 2024 estimant qu’il faut s’attaquer à des causes profondes de la crise de l’Est de la RDC.
Avec l’envie boulimique de Kinshasa de changer la constitution, on risque d’entre dans sa quatrième république que redoute le cadre de concertation des opposants Congolais et laisser les provinces sous état de siège dans une situation de non Etat. Le prochain rendez-vous fixé au 30 Octobre 2024 sera une autre réunion décisive avant que Félix Tshisekedi ne soit autrement et « circonstanciellement » inspiré.
Jean Leroux NTITA
