
Le retrait des forces de l’AFC/M23 de la ville stratégique d’Uvira dans la province du Sud-Kivu, opéré ce mercredi, marque une étape charnière dans la résolution de la crise à l’est de la République démocratique du Congo. Sous l’impulsion des États-Unis, ce mouvement semble passer du statut de groupe armé rebelle à celui d’interlocuteur incontournable sur l’échiquier diplomatique régional.
Un retrait stratégique et conditionné
Annoncé par la coordination politique du mouvement, ce retrait fait suite à une demande directe de Washington. Pour les observateurs, cette décision souligne l’inefficacité de l’accord de Washington signé récemment entre Kinshasa et Kigali, lequel est jugé caduc en l’absence d’une participation directe de l’AFC/M23 aux négociations.
« Ce retrait constitue une mesure unilatérale de confiance destinée à donner toutes ses chances au processus de paix de Doha » , peut-on lire dans le communiqué signé par Corneille Nangaa Yobeluo, Coordonnateur politique de l’AFC/M23.

Cependant, ce geste n’est pas un chèque en blanc. Le mouvement exige désormais des garanties strictes :
- Démilitarisation complète de la zone urbaine d’Uvira.
- Protection effective des civils par des mécanismes vérifiables.
- Cessez-le-feu sous le contrôle rigoureux d’une force neutre. L’impuissance diplomatique de Kinshasa
Malgré les efforts du gouvernement congolais pour obtenir un retrait inconditionnel via la pression américaine, Washington semble avoir opté pour une approche inclusive. Cette « realpolitik » américaine impose de fait l’AFC/M23 à la table des discussions, au grand dam de Kinshasa.
Sur France 24, le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, a tenté de minimiser l’événement en parlant de « diversion ». Pourtant, sur le terrain, la réalité est plus complexe. Tandis que des sources locales à Uvira notent un calme sécuritaire relatif depuis l’arrivée des troupes de l’AFC/M23, des rapports de médias internationaux comme Al Jazeera et l’AFP font état d’exactions et de pillages attribués aux forces gouvernementales et à leurs alliés lors de leur départ .
Vers une reconfiguration régionale
Le rôle de médiateur joué par les États-Unis dans ce dossier suggère une reconnaissance implicite de la puissance de feu et de l’influence politique de l’AFC/M23. Ce basculement diplomatique pourrait forcer Kinshasa à revoir totalement sa stratégie, tant militaire que politique, dans la région des Grands Lacs.
Jean Placide Assumani
