
Au bord scintillant du lac Kivu, sur l’avenue de la Paix, un bâtiment raconte à lui seul l’histoire tourmentée et renaissante du Nord-Kivu. Jadis résidence du président Mobutu Sese Seko, ce lieu chargé de mémoire vient de renaître sous un nouveau visage, le Musée de Goma, désormais siège du Gouvernorat provincial.
Il fut un temps où ces murs imposants gardaient le silence d’un passé révolu, marqués par le poids des années et les secousses de l’histoire. Aujourd’hui, ils résonnent à nouveau, non plus des pas feutrés du pouvoir d’hier, mais des voix d’une province en reconstruction, d’un peuple décidé à tourner la page sans l’arracher.
Ces murs ont vu défiler de grandes figures. Le 8 décembre 1990, à peine dix mois après sa libération, Nelson Mandela, alors vice-président de l’ANC, fut reçu ici même par Mobutu Sese Seko. Ce dîner historique, au bord du lac Kivu, marquait la rencontre entre deux symboles, l’un représentant le pouvoir africain établi, l’autre incarnant la lutte pour la liberté. Ce jour-là, Goma devenait déjà un point de convergence entre libération et résilience, entre mémoire et espoir.

Retour de la vie et de la gouvernance
Depuis la libération de Goma le 27 janvier 2025, le site a retrouvé une vitalité insoupçonnée. C’est là qu’a eu lieu la première réunion du Conseil des hauts cadres de l’AFC/M23, présidée par le Coordonnateur Politique Corneille Nangaa et le Général-Major Sultani Makenga Chef d’État major de l’ARC. Dans cette salle où jadis se prenaient les décisions d’un seul homme, se dessine désormais une gouvernance collégiale, axée sur la paix, l’unité, le vivre ensemble et la cohésion sociale.
Le symbole le plus fort reste sans doute « le serment du Gouverneur Bahati Erasto Musanga, prononcé entre ces murs restaurés ». Ce jour-là, le musée n’était plus un simple édifice, il devenait une scène où l’histoire du Nord-Kivu s’écrivait à nouveau, avec l’encre de la résilience.
Peu à peu, le lieu s’est transformé en carrefour de rencontres et d’échanges. Conférences de presse, séminaires, ateliers citoyens… Les couloirs autrefois silencieux accueillent désormais le murmure des discussions, le cliquetis des stylos et le bruissement des idées.
Pour les autorités provinciales, cette reconversion va bien au-delà d’un simple changement de fonction. Elle incarne une conviction, celle d’un Nord-Kivu debout, tourné vers la stabilité et le développement.
Jean Placide Assumani
