Kigali a fini par fixer la communauté internationale sur l’acharnement de son voisin la République Démocratique du Congo au sujet de sa campagne débordante autour de la rébellion active dans l’Est de la RDC. Pour le représentant de Paul Kagame à l’ONU, le M23 n’est pas un produit du Rwanda mais de l’Ouganda d’où sont partis les différents animateurs du mouvement.
Kinshasa est embarrassé suite aux révélations faites mardi à l’ONU par l’ambassadeur de la République du Rwanda, Erneste Rwamucyo. Il a en effet déclaré que « le M23 n’est pas allé en RDC depuis le Rwanda. Ils sont partis de l’Ouganda ». Erneste Rwamucyo s’est interrogé sur le pourquoi de l’acharnement du régime de Kinshasa en direction du Rwanda au point de faire du M23, un problème du Rwanda, alors que tous ses membres et leaders sont venus de l’Ouganda.
Manque de leadership en RDC
Pour Erneste Rwamucyo, la RDC doit mettre en place un véritable leadership pour résoudre ses crises internes. Le diplomate rwandais a martelé ce mardi 8 octobre 2024 que « la RDC est entièrement responsable face à sa propre crise, elle doit gérer ses propres contradictions internes et les contradictions avec ses propres citoyens ». Pour le représentant rwandais au conseil de sécurité de l’ONU, le groupe M23 aujourd’hui redimensionné en Alliance Fleuve Congo (AFC) est constitué des citoyens congolais et la RDC ne peut pas ignorer cette réalité ou chercher à y échapper. « Les doléances qui ont entraîné le conflit appartiennent à la RDC », a-t-il souligné. Le gouvernement rwandais précise que la République Démocratique du Congo doit cesser d’externaliser ses problèmes en direction du Rwanda et doit s’approprier véritablement ses problématiques en mettant en place un leadership capable de résoudre ses problèmes internes.
L’ONU pour un règlement politique et diplomatique de la crise

Dans son rapport du 30 septembre 2024 présenté le mardi 8 octobre au Conseil de Sécurité des Nations-Unies sur la mise en œuvre de l’Accord-cadre pour la paix, la sécurité et la coopération pour la République démocratique
du Congo et la région, Antonio Guterres, Secrétaire général de l’ONU, a rappelé l’existence d’une plateforme dénommée Alliance Fleuve Congo (AFC), un mouvement politico-militaire affilié au M23. « L’AFC avait accusé la République-Unie de Tanzanie d’avoir enlevé Monsieur Eric Kuba à l’aéroport de Dar es-Salaam le 3 janvier et de l’avoir extradé à Kinshasa. Une communication à ce sujet a été adressée, le 18 mars, à la Présidente de la République-Unie de Tanzanie, Mme Suluhu, par le coordinateur de l’AFC, Corneille Nangaa », a précisé Monsieur Guterres parlant d’un différend diplomatique évoqué par Corneille Nangaa à l’égard de la Tanzanie.
Au regard des derniers développements de la crise, le patron de l’ONU se dit profondément préoccupé par la situation dans l’est de la République démocratique du Congo, par ses conséquences humanitaires et par ses répercussions dans la région. « Ces derniers mois, nous assistons à une expansion territoriale considérable du groupe rebelle M23 (AFC) et à une recrudescence inquiétante des attaques des ADF. Cette dynamique entraîne de nouveaux déplacements massifs de population et aggrave une situation humanitaire déjà désastreuse », résume-t-il. Antonio Guterres attire l’attention de l’organisation mondiale sur les relations bilatérales entre les pays de la région, « dégradées par la prolifération d’acteurs étatiques armés dans l’est de la République démocratique du Congo, le recours croissant à des technologies et équipements militaires de pointe sur le théâtre du conflit et l’utilisation de groupes armés comme supplétifs par des pays signataires de l’Accord-cadre pour la paix, la sécurité et la coopération ».
Autant de facteurs qui accentuent le risque d’un embrasement régional. À cet égard, Antonio Guterres exhorte les pays signataires de l’Accord-cadre à respecter leurs engagements.
Brique Lutandilafio
