Lors de la séance plenière sur la mise en œuvre de l’Accord-cadre pour la paix, la sécurité et la coopération pour la République démocratique du Congo et la région des grands lacs mardi à New-York, la ministre congolaise Thérèse Kayikwamba Wagner des Affaires étrangères, coopération internationale et francophonie a rejeté toutes les accusations pointant la responsabilité de son gouvernement dans le blocage du cessez-le-feu à l’Est de la RDC. Affirmations battues en brèche par son homologue Olivier Nduhungirehe du Rwanda.
Olivier Jean Patrick Nduhungirehe, ministre rwandais des affaires étrangères et de la coopération internationale, a immédiatement réagi aux affirmations de son homologue de la République Démocratique du Congo, suite à une communication faite mardi au Conseil de Sécurité de l’ONU. « Ma collègue congolaise ne dit pas la vérité sur les véritables raisons du blocage du processus de Luanda », a répondu Olivier Jean Patrick Nduhungirehe. Faisant face à la pression des États-Unis et d’autres partenaires depuis plus de trois semaines, Mme Wagner cherche manifestement à se justifier pour masquer le fait que c’est elle, et elle seule, qui a bloqué la dernière réunion ministérielle de Luanda, a soutenu le ministre rwandais dans son compte X (tweeter).
C’est Kinshasa qui a bloqué l’accord de cessez-le-feu de Luanda
L’ordre du jour de cette réunion du 14 septembre 2024 à Luanda était simple: adopter le plan harmonisé de neutralisation des FDLR et de levée des mesures rwandaises de defense, tel qu’adopté par les experts angolais, congolais et rwandais le 30 août 2024 à Rubavu. Alors que les parties s’acheminaient vers une réunion simple et rapide à Luanda, tant la réunion d’experts s’etait déroulée dans une « ambiance bon enfant » (dixit le Chef des experts angolais), « la Ministre Kayikwamba, sur instruction téléphonique de son Président (Tshisekedi), a subitement et categoriquement refusé d’adopter ce plan, sous les yeux médusés de ses deux collègues, et même de certains de ses propres experts », explique le ministre Olivier Jean Patrick Nduhungirehe.
Ce plan harmonisé, qui était accompagné d’un chronogramme précis, avait été négocié et signé par le Général Major Christian Ndaywel, Chef des Renseignements Militaires des FARDC, le 30 août 2024. Et quinze jours plus tard, le 14 septembre 2024, le même Général a réaffirmé son soutien à ce plan devant les ministres des trois pays réunis à Luanda, avant d’être publiquement désavoué par sa propre Ministre, devant ses collègues experts. « La Ministre Kayikwamba Wagner ne s’est même pas arrêtée là, car elle s’est aussi opposée à la tenue d’une nouvelle réunion d’experts qui était prévue le 30 septembre et le 1er octobre 2024 à Luanda pour élaborer le concept des opérations (CONOPS) de ce plan harmonisé, ce qui aurait pu répondre à certaines préoccupations congolaises », s’étonne le ministre rwandais.
Quant au fait que les deux derniers points que la Ministre brandit, à savoir la « clause de responsabilité » et le « mécanisme de justice régional », qui seraient les raisons du blocage, « rien n’est plus faux », rétorque Kigali. Car, dit Olivier Jean Patrick Nduhungirehe, « ces points ne figuraient même pas dans le projet d’accord-cadre proposé par l’Angola les 11 et 12 août 2024 à Kigali et Kinshasa, respectivement, n’étant pas au centre du processus de Luanda ». Des points qui ne figurent dans aucun compte-rendu des réunions ministérielles. Il s’agissait en réalité d’amendements introduits de nulle part par la RDC, sans rapport avec la question sécuritaire en discussion, dans le but manifeste de compliquer les négociations et d’empêcher la signature d’un accord de paix en vue. « Si le gouvernement de la RDC veut s’opposer à la paix à l’est de la RDC, qu’il le fasse au moins avec honnêteté et dignité », conclut le gouvernement de Kigali.
Sans responsabilité, pas de confiance ni une paix durable

La partie congolaise s’est largement expliquée à l’ONU concernant le blocage du processus de paix justifiant que la faute ne lui incombait vraiment pas. Thérèse Kayikwamba Wagner, Ministre d’Etat, Ministre des Affaires étrangères, coopération internationale et francophonie a reconnu que son gouvernement a délibérément opté pour le silence par rapport aux conclusions des travaux ministériels. « Nous avons délibérément évité de divulguer dans l’espace public et les médias les détails du Processus de Luanda, par respect pour le médiateur et les vies humaines en jeu, afin de garantir la sérénité des négociations », a-t-elle indiqué. Elle a désigné les véritables obstacles qui freinent ce processus et l’adoption du projet d’accord de paix, proposé par la médiation angolaise. Au sujet du plan harmonisé pour la neutralisation des FDLR et le désengagement des forces.
dès avril 2024, la République Démocratique du Congo a élaboré son plan de neutralisation des FDLR avec précision et incluant une évaluation complète de la menace, des opérations militaires et un suivi rigoureux des résultats. Pour la ministre, « la contribution du Rwanda, sur le retrait des forces, se résume à une simple promesse de retrait, sans garanties ni détails concrets, créant un déséquilibre qui compromet l’application cohérente du plan ». Madame Thérèse Kayikwamba Wagner ajoute que son pays accepte pleinement d’être tenu responsables de ses actes affirmant que le principe de responsabilité est le socle de toute résolution de conflit ; « il impose à chaque partie de respecter scrupuleusement ses engagements, avec rigueur et sincérité ». Sans responsabilité, il ne peut y avoir ni confiance, ni paix durable, a-t-elle conclu. Objectivement, le processus de paix de Luanda est en panne et nécessite d’être placé sous anesthésie.
Brique Lutandilafio
