La route Goma-Bukavu en passant par Sake-Bweremana-Minova allant du Nord-Kivu au Sud-Kuvu est un tronçon de près de 200km sur la RN2 (Route Nationale 2). Ce tronçon est important pour la sécurité des deux provinces et pour des échanges commerciaux, humains, scientifiques tout comme socio-économiques. Depuis le mois de février 2024, cette route est le théâtre d’affrontements armés entre l’Afc et la coalition de Kinshasa.
La RN2, longue de 1400km partant de Mbuji-mayi au Kasaï-Oriental jusque Beni au Nord-Kivu en passant par Kabinda-Mwenga-Kabare-Bukavu-Kalehe-Minova-Sake- Goma-Rutshuru-Kanyabayonga-Lubero-Butembo, relie cinq provinces. Le tronçon Goma-Sake-Bweremana-Minova est entré dans l’histoire en favorisant le passage des administratifs coloniaux qui avaient séparé les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu au niveau de Bweremana-Minova.
En 1960, la première capitale (chef- lieu) de la « provincette » du Nord-Kivu était Bweremana. Toutes les guerres depuis 1996 avec l’Afdl (Alliance des Forces Démocratiques pour la Libération du Zaïre) entre Goma-Sake-Minova, les combats y ont généralement été des plus déterminants pour le contrôle du front Sud-Ouest de Goma. Les montagnes surplombants toute la route à partir du pont Kihira à Sake et pont Renga à Bweremana sont faites de pierres plates dites marbres.
Un repère militaire non négligeable

Ces montagnes sont des forteresses qui protègent toute armée qui les contrôle et permettent de surveiller les mouvements des troupes ennemies sur le sol et dans le lac à une bonne distance de plus de 40 km. Voila pourquoi en Novembre 2012, quand le M23 avait investi la ville de Goma, les Forces Armées Congolaises s’étaient retiréés à une vingtaine de kilomètres à l’Ouest de Goma sur la route Sake pour bien contrôler l’axe de Bukavu sur la RN2. Peu avant, pour pallier au déficit sécuritaire sur la route Goma-Butembo en 2010, le programme Amani avec l’abbé Apollinaire Malumalu, avait projeté de tracer une nouvelle route Walikale-Eringeti, étant donné que les rebelles bloquaient souvent celle partant de Goma à Rutshuru. Aujourd’hui avec l’AFC (Alliance Fleuve Congo), depuis le 03 Févier 2024, le trafic est coupé entre Goma-Sake-Bweremana-Munova.
Éternel recommencement
La RN2 est toujours plongée dans son histoire cyclique sécuritaire. L’AFC s’était installée sur les collines de Ngingwe et Muremure contrôlant toute la zone de la baie de Kabuno. Les Forces Armées de la République Démocratique du Congo (FARDC), sans compter leurs alliés Maîmaî dits Wazalendo et autres VDP(Volontaires pour la Défense de la Patrie) ne peuvent repousser les rebelles. Avec le naufrage du bateau MV Merveilles de Dieu (MEDI) le jeudi 03 Octobre 2024, les populations du Nord et Sud-Kivu accusent les autorités Congolaises d’incapacité à sécuriser ce tronçon routier de première importance qui, selon les habitants, serait moins dangereux par rapport au lac.
Les populations condamnent aussi la rébellion pour son retard à libérer cette route et toute la région du Kivu afin de normaliser la circulation interprovinciale. Une autre partie de la population met le drame du MV MEDI sur le dos de nombreuses barrières érigées ça et lâ par les Fardc, les Wazalendo et les milices rwandaises Fdlr.
Le lac Kivu, comme ultime recours

Le désordre aux quais, les tracasseries de l’armée maritime, le manifeste truqué, le port des gilets de sauvetage négligé, le non respect du tonnage, l’état lamentable des embarcations et bateaux sans contrôle technique…sont des ingrédients des naufrages réguliers sur le lac. Cette route (Goma-Bukavu) est aussi meurtrière. Dans la bifurcation de Sake à Bweremana où la pente est extrêmement raide à plusieurs dizaines de mettre au déçu du lac Kivu, où le gaz est en forte concentration, beaucoup de camions y finissent leur course. tombés dans la vallée et les chauffeurs non initiés y perdant le contrôle ou le sang-froid dans ce relief accidenté et serpenté. A chacun son faible.
Il y a ceux qui redoutent le risque du lac et ceux qui n’osent pas affronter le danger de la route. A chacun ses préférences en moyens de transport. Sauf que les petits commerçants, faisant le trafic entre Goma et Minova via Bweremana ne demandent que la libération rapide de cette partie de la RN2. L’un d’eux disait préférer un accident sur la route que sur le lac, même si toutes les morts se ressemblent.
Jean-Leroux NTITA
