Depuis son accession au pouvoir en 2019, Félix Tshisekedi s’est fixé six objectifs ambitieux pour transformer la RDC. Cependant, après six années de présidence, son parcours est marqué par des résultats mitigés, des crises constantes et une fragilité de son pouvoir. Sa stratégie repose sur une militarisation renforcée, une diplomatie active mais souvent décevante, une gestion politique controversée, des élections critiquées et une volonté de réformer la constitution à tout prix.
Une militarisation intensive aux résultats incertains
Pour répondre aux défis sécuritaires de la RDC, Tshisekedi a misé sur la modernisation des forces armées. Il a renforcé son armée avec des armes sophistiquées, comme des missiles, des drones et des avions militaires Sukhoï Su-57. Des troupes ont été rapidement formées dans des pays comme Israël et le Maroc, et des mercenaires recrutés un peu partout. La RDC a aussi coopéré avec la Monusco et la Communauté des États d’Afrique de l’Est (EAC) pour contenir la rébellion du M23, avant de se tourner vers la SADC (Communauté de développement de l’Afrique australe) en raison des tensions avec le Rwanda.
Malgré ces efforts, le front militaire reste délicat. En novembre 2022, Tshisekedi a désigné le Rwanda comme principal agresseur et fait appel au patriotisme national pour défendre la RDC. Mais, avec des milices locales rebaptisées « Wazalendo » et l’intégration des FDLR (Forces démocratiques de libération du Rwanda), la situation s’est complexifiée, notamment avec la montée en puissance de l’Alliance Fleuve Congo (AFC), qui a chamboulé ses plans militaires.
Élections sous tensions et déceptions
Les élections de décembre 2023, tant attendues, se sont révélées être un véritable échec pour Tshisekedi. Non seulement les résultats ont été contestés par la population, mais ils n’ont pas non plus rassuré les partenaires internationaux. Le scrutin, organisé avec arrogance, a davantage fragilisé le régime, entraînant des crises tant internes qu’internationales. La division du pays s’est accentuée, l’opposition a été réprimée, et des scandales financiers ont entaché la crédibilité du président. Sa majorité parlementaire post-électorale s’effrite, tandis que l’ancienne rébellion, transformée en un mouvement révolutionnaire, gagne en influence et en popularité.
Stagnation sur le front politique
Un dialogue national avait été envisagé en 2024 après une rencontre entre Tshisekedi et l’Église catholique, mais il n’a jamais vu le jour. La divergence des intérêts entre l’opposition et le gouvernement a tué toute chance de réconciliation. Le président a donc mis fin au processus, laissant le pays dans une impasse politique. Le cardinal Fridolin Ambongo Besungu a recommandé un retour au processus de Luanda pour trouver une solution politique, mais Tshisekedi semble avoir d’autres priorités.
Des essais diplomatiques en déroute

Tshisekedi avait espéré isoler Paul Kagame sur la scène internationale et mettre fin à la rébellion du M23 en mobilisant le soutien international. Malgré des efforts acharnés, des déplacements fréquents et des discours anti-rwandais dans les grandes capitales, il n’a pas réussi à obtenir de soutien décisif, ni de l’ONU, ni de l’Union africaine, ni des organisations régionales. Pendant ce temps, l’Alliance Fleuve Congo a pris de l’ampleur, devenant un acteur politique et militaire incontournable, tant sur le plan national que régional. Même ses relations avec des alliés comme la France et les États-Unis n’ont pas pu éviter l’impasse diplomatique dans laquelle se trouve la RDC aujourd’hui.
Maîtrise des médias, mais à quel prix ?

Sur le plan médiatique, Tshisekedi a réussi à contourner les critiques en nouant des relations étroites avec les grandes rédactions internationales et en maîtrisant la presse locale. Le régime a utilisé la terreur et l’argent pour faire taire les critiques et maintenir une image positive, malgré les multiples scandales. Pourtant, en interne, de nombreux journalistes congolais sont emprisonnés, et la liberté de la presse est de plus en plus réprimée.
Le pari risqué de la révision constitutionnelle
L’un des projets phares de Tshisekedi est de réviser la constitution. Déterminé à y parvenir, il a employé toutes les stratégies pour forcer cette réforme. L’opposition, représentée notamment par Moïse Katumbi, s’y oppose farouchement, ce qui pourrait entraîner des poursuites judiciaires à son encontre. Le dialogue initialement prévu pour faciliter cette révision a échoué, mais Tshisekedi ne compte pas en rester là. Ce front constitutionnel pourrait toutefois causer de nouvelles difficultés à son régime et renforcer l’Alliance Fleuve Congo, qui semble profiter de chaque faux pas du gouvernement.
En somme, le parcours de Félix Tshisekedi est semé d’embûches. Ses ambitions, bien que grandes, sont continuellement entravées par des défis internes et externes, et ses résultats sont loin de correspondre à ses promesses initiales.
