Le lundi 30 septembre 2024, madame Bintou Keita, représentante spéciale du Secrétaire général des Nations-Unies en République Démocratique du Congo, s’est avancée sur un terrai délicat, celui de l’exploitation des matières précieuses dans l’Est du pays. La même mine de Rubaya exploitée jadis de manière incontrôlée par l’armée burundaise jusqu’au 30 avril 2024, fait dire à la patronne de la Monusco que l’Alliance Fleuve Congo (AFC) y extraie des minerais qui lui rapporteraient 300.000$ de recettes mensuelles. Une affirmation qui relance le débat autour de cette première mine mondiale du coltan.
Au Nord-Kivu, la consolidation du contrôle administratif de l’Alliance Fleuve Congo (AFC) sur les territoires de Masisi et Rutshuru a dominé l’allocution de la représentante du Secrétaire général de l’ONU devant le Cobseil de Sécurité de l’ONU lundi dernier. Madame Bintou Keita souligne que l’extension territoriale de l’Afc lui a permis d’établir un contrôle total sur la production de coltan. « Le commerce en provenance de la région de Rubaya, qui devrait fournir plus de 15 pour cent de la production mondiale de tantale, génère environ 300 000 dollars par mois pour le groupe armé », a-t-elle affirmé . Elle insinue un blanchiment criminel des ressources naturelles de la RDC sorties clandestinement du pays en appui aux groupes armés. Grave déclaration, réagit un proche de l’AFC qui y perçoit un gros mensonge qui vise à cajoler le régime de Kinshasa.
300.000$ ne peuvent financer la guerre
Certains congolais favorables à l’Afc interrogés à Bruxelles évoquent une surenchère verbale de la Monusco. « Madame Keita a certainement été induite en erreur si elle n’a pas personnellement été motivée par les avances politiques de Monsieur Tshisekedi », rétorque un exilé politique membre de la société civile. En toute logique, explique Malusamba, « il est surréaliste de chiffrer l’exploitation artisanale du coltan si forfaitairement dans une région où le mouvement politico-Militaire qui contrôle la zone n’est pas impliqué dans l’exploitation directe des minerais », explique-t-il. Il y a quelques mois, des services de la Monusco absents sur terrain, présentaient trois pistes de transport des minerais depuis Rubaya. La première passerait par Matanda, Mushaki en direction de Kibati et Kibumba; la deuxième transiterait de Rubaya jusqu’à Kasunyu, en passant par Ngungu et Minova au bord du lac Kivu. Et la troisième piste se situerait entre Bihambwe, Kisuma, Nyabiondo, Katale et Lushebere, ainsi que Pinga dans le territoire de Walikale. Des indications abstraites qu’aucune organisation crédible n’a pu certifier.
« Le discours de madame Keita s’écarterait donc de la réalité lorsqu’il bondit sur le chiffre invérifiable de 300.000$ dollars américains de perception mensuelle revenant aux membres de l’Afc. Ce qui intrigue certains chercheurs du domaine des mines dans le Nord-Kivu ».

Le Président du Conseil d’Administration du Cadastre Minier affirme qu’outre le coltan et la cassitérite, l’AFC se livrerait aussi à l’exploitation de l’or dans le parc national de Virunga. « Ils continuent d’exploiter les minerais dans les périmètres d’explorations 76 à Rubaya. Ils ont arrangé la route pour permettre le transport des minerais. Ils ont aussi commencé à exploité l’or dans le parc de Virunga », a indiqué Monsieur Mbindule Mitono, député de l’Union Sacrée (Majorité parlementaire) acquise au président Félix Tshisekedi. Sauf que cet officiel ne s’est pas hasardé à avancer un chiffre lié à une quelconque perception des fonds par l’Afc. Un acteur de la société civile basé en Tanzanie soutient qu’il est « illusoire de penser que l’Afc peut financer sa guerre avec 300.000$ étant donné sa puissance de feu, l’étendue du territoire conquis et les statistiques des soldats engagés sur tous les fronts», a soutenu Mumbere.
Bintou Keita omet sciemment les groupes armés pro-Kinshasa
Dans une récente investigation, Radio Okapi (appartenant à la mission onusienne) a mentionné les chefs de groupes armés Wazalendo, des personnalités influentes au sein de certaines communautés locales, des agents des services de sécurité de Félix Tshisekedi, ainsi que des négociants privés impliqués dans l’exploitation des minerais au Nord-Kivu. Un trafic illicite des minerais qui est observé dans le territoire de Walikale, où des chefs de groupes armés bien identifiés contrôlent les activités minières et perçoivent des taxes dans les carrières minières en toute illégalité.
Une vingtaine de sites miniers, notamment Irameso, Kichimba, Bukacha, Munjuli, où l’or est principalement exploité dans le groupement d’Utunda, dans le territoire de Walikale. Dans cette enquête, il est démontré que les groupes armés prélèvent un pourcentage sur la production journalière, allant par exemple de 50 à 75 grammes d’or par carrière dans la région de Walikale. En outre, diverses taxes sont perçues, telles que les « jetons mensuels », les « contributions à l’effort de guerre », les « jetons des creuseurs », les « taxes diplomatiques ». Le groupe armé Nduma Defense of Congo Rénové (NDCR) du chef de guerre Guidon Shimiray, est signalée dans plusieurs entités de Walikale, Masisi, Lubero et Rutshuru. De même, le groupe armé Coalition des patriotes résistants (PARECO) très actif dans le Masisi, est cité dans l’exploitation des minerais à Rubaya et Ngungu, et s’étend jusque dans les montagnes de Kalehe et Minova.
Corneille Nangaa avait interdit toute présence de ses hommes dans les mines
Le 7 mai 2024, Corneille Nangaa, coordonateur de l’AFC avait signé une décision portant interdiction de toute présence militaire et du personnel politique dans les polygones des carrés miniers sur le territoire libéré, dans le souci de prévenir tout abus pouvant affecter négativement les exploitants traditionnels trouvés sur les différents sites et dont l’activité n’a guère connu de perturbation du fait de la lutte de libération. Corneille Nangaa avait mentionné « l’interdiction pour tout officier et élément de l’Armée Révolutionnaire Congolaise (ARC) ainsi que du personnel politique de l’Alliance de pénétrer dans les périmètres miniers et de Carrières. Leur présence dans ces sites miniers est passible de sanctions disciplinaires exemplaires pouvant aller jusqu’à l’exclusion pure et simple de notre mouvement ».
Le 30 avril 2024, les forces de l’Afc, ont pris le contrôle de Rubaya, la cité minière congolaise d’importance planétaire pour sa production du minerais du coltan, dont elle détient 50 à 60% de la production mondiale. La cité est tombée après plusieurs jours de combats intenses entre les FARDC et les hommes de Corneille Nangaa et Sultani Makenga. Le coltan est principalement utilisé dans la fabrication de condensateurs au tantale, indispensables aux téléphones portables et à de nombreux appareils électroniques.
Brique Lutandilafio
