
À l’occasion de la commémoration du 22e anniversaire des massacres de Gatumba célébrée ce samedi 13 Août, le Coordonnateur adjoint de l’AFC-M23 en charge des questions politiques juridiques, administratives et diplomatiques, Bertrand Bisimwa, a appelé une nouvelle fois à la manifestation de la vérité, à l’établissement des responsabilités et à une justice équitable, en mémoire des victimes et pour sauvegarder la conscience collective.
À Goma, capitale provinciale du Nord-Kivu, où la célébration a eu lieu, des témoignages poignants des survivants ont ravivé une profonde tristesse. Ils ont rappelé que les victimes n’étaient à l’époque que dans une recherche de refuge.
Un message de compassion aux survivants
Dans son allocution, le président du M23 Bertrand Bisimwa, a présenté sa compassion aux survivants. Il leur en ensuite assuré de l’accompagnement de l’AFC-M23 et a rappelé que « souffrance appartient désormais à notre mémoire collective ».
Il a également insisté sur l’idée que ceux qui vivent aujourd’hui doivent servir à bâtir une société où chaque fille et chaque garçon aura sa place.
« vous avez votre place, non seulement parmi nous, mais aussi en République démocratique du Congo, votre pays, notre pays », a-t-il déclaré.
Un massacre qui ne doit plus se répéter
Revenant sur les causes du drame, Bertrand Bisimwa affirme que les victimes ont été massacrées parce qu’elles étaient simplement Banyamulenge.
« Cette question de Gatumba demeure. Elle nous interpelle et nous oblige. Elle donne à cette commémoration une signification qui va au-delà de toute autre et dépasse le simple souvenir. À Gatumba, ils étaient allés chercher refuge et non la conquête d’un territoire. Ces victimes fuyaient la guerre, l’exclusion, le tribalisme et l’injustice. Elles ont traversé la frontière pour trouver refuge au Burundi, pays qu’elles croyaient hospitalier. Mais malheureusement, dans la nuit du 13 au 14 août 2004, ce lieu s’est transformé en un mouroir, en un cauchemar, à travers un génocide, un massacre sélectif et indescriptible. » a déclaré Bertrand Bisimwa
Pour lui, de tels massacres ne devraient plus avoir de place, car les Banyamulenge sont un peuple congolais, comme tout autre Congolais; chercher à réduire l’appartenance à la nationalité congolaise de ce peuple, uniquement à partir de « l’apparence physique », constitue une forme de « destruction » de la mémoire et de l’identité nationale.
Il a rappelé que les Banyamulenge disposent de villages, localités, groupements, champs, propriétés, ainsi que d’un patrimoine culturel et historique reconnu et porteur de fierté pour la République.
Lutte contre la haine et les antivaleurs

Selon B-Bisimwa, commémorer Gatumba, c’est aussi faire face au discours de haine et lutter contre les « antivaleurs » capables de produire d’autres victimes.
Il estime que la lutte pour le vivre-ensemble et le partage du patrimoine congolais doit aller au-delà des bonnes intentions et constituer un impératif moral. Il appelle notamment à dénoncer tout appel à la violence avant qu’il ne se transforme en tragédies.
« Nous avons le devoir de dénoncer toutes sortes d’appels à la violence, avant qu’ils ne se transforment en tragédies. La République démocratique du Congo ne peut devenir une nation dans laquelle certaines communautés doivent constamment justifier leur appartenance nationale », a-t-il déclaré.
Engagement sur le terrain et appel à la paix à Minembwe

Tout en condamnant les opérations menées autour de Minembwe par des éléments de Kinshasa et leurs alliés, Bisimwa affirme que l’AFC-M23 ne se limite pas à dénoncer.
Il indique que le mouvement dit rester engagé sur le terrain des opérations afin d’éviter que Minembwe ne connaisse un « second Gatumba ». Il rend aussi hommage aux « vaillants héros » qui se seraient sacrifiés pour que la paix règne à Minembwe.
Bisimwa a dénoncé avec fermeté, selon ses termes, une entreprise faisant peser une menace « existentielle » sur une population qu’il qualifie de vulnérableet clairement identifiée.
Face à la coalition aux côtés des FARDC
Concernant la situation sécuritaire, Bertrand Bisimwa a affirmé que l’armée révolutionnaire congolaise (ARC) aurait montré sa détermination à protéger le peuple longtemps marginalisé à Minembwe.
Il a laissé entendre que l’ARC serait intervenue afin d’empêcher une « nouvelle boucherie humaine » déjà en cours d’exécution, contribuant ainsi à éloigner la menace et à permettre un rétablissement d’une paix durable.
Appel à la jeunesse et à toute la communauté
S’inscrivant dans le combat de l’AFC-M23 depuis longtemps, Bertrand Bisimwa appelle la jeunesse et l’ensemble de la communauté à construire une société forte où le discours de haine et la discrimination n’auront plus de place.
Il insiste sur le vivre-ensemble et la cohabitation pacifique, en rappelant qu’aucune paix ne peut se bâtir sur l’exclusion. Il demande enfin une unité collective pour participer à la construction d’une société où la justice remplace la vengeance et la vérité remplace la manipulation.
« Nous sommes obligés d’œuvrer pour une société de justice où aucun citoyen ne peut être persécuté en raison de son identité communautaire », a-t-il conclu.
Enfin, tout en promettant une justice aux familles touchées par la tragédie, Bertrand Bisimwa a rappelé que l’AFC-M23 restera à leurs côtés jusqu’à l’obtention de réparations.
Albert Maisha
