Rien ne peut se faire sans la paix aux frontières entre l’Ouganda et la RDC, longues de 765 kilomètres et dont une bonne partie est contrôlée par l’Alliance Fleuve Congo (AFC) de Corneille Nangaa. L’Ouganda fait face à plusieurs défis lui imposés par Kinshasa. Flux des réfugiés, problématique de l’AFC et stabilité régionale.
L’Alliance Fleuve Congo n’est pas le seul dilemme pour le gouvernement Ougandais vis-à-vis de la République Démocratique du Congo. D’abord le flux continu des réfugiés évalués à environ 300.000 individus sur le sol Ougandais, la présence de l’AFC/M23 dans les entités frontalières avec le pays de Museveni et cette problématique de la stabilité régionale qui semble être le cadet des soucis de Kinshasa.
L’Ouganda ne voudrait plus traiter ces questions à moitié. Kinshasa doit assumer ses revers, ses torts et ses responsabilités.
Une mission parlementaire de la RDC en Ouganda
La nouvelle est tombée sans surprises quand le Président de l’assemblée nationale de la RDC a annoncé l’envoie d’une mission parlementaire en Ouganda :
« J’ai décidé d’envoyer une délégation des députés nationaux à Kampala, la délégation qui sera conduite par l’honorable Lambert Mende Omalanga. Nous avons besoin de parler en toute sincérité et en toute vérité avec nos homologues Ougandais parce que nous voulons savoir clairement, est ce qu‘ils s’inscrivent dans la voie de construction de la paix avec la RDC…On ne peut pas avoir la paix à Beni sans Irumu et ailleurs. Le Congo est Un », a-t-il indiqué lors de la plénière du jeudi 07 Novembre 2024.
Si les deux Chefs d’état avaient parlé de paix dans la sous-région des grands-lacs, de la paix bilatérale entre la RDC et l’Ouganda, des infrastructures et de l’exploitation du pétrole, il faut souligner que l’ombre de Corneille Nangaa et sa révolution de l’AFC avaient bien plané sur la White House (Maison Blanche) d’Entebbe.
Une délégation taillée à la mesure des enjeux régionaux
En choisissant l’honorable Lambert Mende conduire la délégation des députés congolais, les vieux reflexes de Vital Kamerhe, ancien négociateur de la RDC, aux pourparlers avec les rebelles du Rassemblement Congolais pour la Démocratie (RCD) puis avec les groupes armés de l’Est du pays, avec le Congrès National pour la Défense du Peuple (CNDP) reviennent au galop.
Vital Kamlerhe sait très bien que Lambert Mende est marié à une femme Ougandaise. Rien que cette coïncidence quelque peu anodine peut pousser l’ancien porte-parole de la rébellion du RDC /Goma et du gouvernement de Joseph Kabila à forcer quelques entrées en Ouganda.

Lambert Mende est aussi un proche de l’honorable Mbusa Nyamwisi, un acteur bien connu dans la région notamment pour ses origines Konzo étendues jusqu’en Ouganda et d’ancien leader rebelle du RCD-KML jadis soutenue par l’Ouganda.
Mbusa Nyamwisi parle excellemment la langue Kinande/Konzo de toute la région de l’Ouest de l’Ouganda sur la frontière de la RDC où les projets des infrastructures et du pétrole de l’Ouganda sont programmés.
Il a une maîtrise suffisante des causes profondes de la rébellion ougandaise de l’ADF/NALU, car c’est son grand-frère de sang, le tonitruant Enoch Muvingi, qui fut l’un des premiers responsables recruteurs des rebelles NALU au Zaïre à partir de la ville de Beni dans les années 80.
La délégation de Vital Kamerhe conduite par Lambert Mende devrait aussi bénéficier des conseils du député national, Carly Nzanzu Kasivita, ancien gouverneur du Nord-Kivu depuis le 30 mai 2019 jusques à l’instauration de l’état de siège le 06 mai 2021 et prorogé plus de quatre-vingt cinq fois.
Le député Carly Nzanzu Kasivita est aussi bien introduit en Ouganda où il dispose de quelques villas dans le quartier chic de Bwebajja, Akright Hill. D’autres députés du Caucus du Nord-Kivu et de l’Ituri sont aussi partenaires de certains membres du gouvernement Ougandais depuis plusieurs années.
Quelques députés du MLC de Jean-Pierre Bemba, ex chef rebelle soutenu par l’Ouganda, seraient aussi de très bons membres de cette délégation de Vital Kamerhe.
Les responsabilités de Kamerhe dans l’enlisement de la crise de l’Est
Les congolais et les dirigeants de la région pardonneront-ils à Vital Kamerhe d’avoir laissé son ami peu crédible, Félix Tshisekedi, faire pourrir une situation sécuritaire connue et qu’il pouvait résoudre simplement en écoutant ses homologues de la sous-région des grands-Lacs ?
Beaucoup pensent que Kamerhe a laissé Tshisekedi sombrer dans un populisme qui oppose les ensembles régionaux et divise la RDC. Celui qui se fait appeler « pacificateur jusqu’au bout » sait très bien qu’il est le mal aimé du régime Tshisekedi.
Un membre de la Force du Progrès lui a même adressé un message d’avertissement pour ses hésitations par rapport au changement de la constitution. Vital Kamerhe aurait déclaré à l’un des membres de son entourage qu’il ne voudrait « Plus retourner en prison ».
Il sait quand et comment amadouer le dictat de son ami Félix Tshisekedi et de son Udps dont l’intolérance a atteint son paroxysme puisque présente dans leur ADN. Le « Pacificateur jusqu’au bout », le « Mwalimu », sentirait toujours les odeurs de la prison Makala et de la persécution de la meute à Tshisekedi dans son subconscient.
Voila pourquoi, il veut jouer un rôle de bouée de sauvetage pour un régime dont les pédales ont déjà politiquement cédés. Le Hic est que l’Ouganda de Yoweri Museveni ne jure que par un dialogue direct entre Corneille Nangaa à travers son organisation l’AFC avec le gouvernement Congolais.
Kamerhe dans un dilemme

L’ancien président du comité des sages de la Conférence sur la Paix, la Sécurité et le développement dans les provinces du Nord et du Sud-Kivu en 2008, est assis sur un siège injectable à l’assemblée nationale.
Durant les préparatifs des plénières sur le budget 2025, il a dit aux députés du haut de son perchoir : « J’espère que vous me laisserez ici cette fois-ci ». Président de l’assemblée nationale pour la période 2006-2009 évincé et cadeauté le 24 mai 2024, pour avoir renoncé à son ambition de dauphin de Félix Tshisekedi, l’épisode du dialogue souhaité et attendu par la communauté internationale avec l’AFC/M23 est une nouvelle épreuve.
C’est jouer à quitte ou double pour Félix Tshisekedi qui se cachera derrière l’assemblée nationale pour vider les interdits de négocier et lancer des pourparlers avec l’Ouganda que Vital Kamerhe avait qualifiée, en public, de pays agresseur.
Cependant ; se cacher derrière les projets économico-sécuritaires de l’Ouganda, pour ouvrir une brèche vers l’AFC afin de bifurquer vers l’espoir de se maintenir encore au pouvoir, est une manœuvre à plusieurs inconnus.
Jean Leroux NTITA
