Tout part du discours de Félix Tshisekedi devant de milliers des Boyomais réunis à la place de la poste ce mercredi 23 octobre 2024; une allocution peu appréciée par de nombreux congolais vu les thématiques agencées. Tshisekedi s’est prononcé en toute méconnaissance du contexte sinistré de cette population qui espérait entendre de leur Chef d’État, un discours répondant aux besoins urgents de la province : Dégradation des conditions sociales, insécurité, manque d’électricité et toutes les voies d’approvisionnement en produits de première nécessité impraticables.
En allant à Kisangani, le Président de la République a manqué d’agenda politique crédible. Dans cette ville historique, cosmopolite et martyre devenue très pauvre et longtemps abandonnée à son triste sort, le discours présidentiel a tout inversé. Le tempérament adopté par Félix Tshisekedi ainsi que les thèmes abordés dans son allocution étaient visiblement lassants et désapreciés.
Kisangani a mal digéré le discours du chef de l’État
Devant un public recruté parmi les fanatiques payés à travers les différentes filières politiques du régime, des fonds avaient précédé l’arrivée du président dans la ville. Des ministres sélectionnés par leur origine ou leur influence supposée dans la province de la Tshopo ont été déployés en renfort politique de mobilisation. Doudou Fwamba des finances et Jean-Pierre Lihau, vice-premier ministre chargé de la fonction publique, deux membres du gouvernement qui ne partagent généralement pas le même décor s’y sont rencontrés.
Il y avait aussi le public négocié du célèbre pasteur Jules Mulindwa, un associé du parti présidentiel, l’UDPS, pour renforcer la participation des foules. On peut y ajouter les différentes associations opportunistes alignées derrière chaque ministre. Tous n’y étaient pas par conviction mais pour profiter de la manne présidentielle distribuée à chaque participant comme cela est de coutume en RDC.
Que des ratés historiques ?
Félix Tshisekedi s’est véritablement éloigné des Boyomaisqui, dans leur stricte majorité, s’étaient contentés de suivre le discours à la télévision. Le président semblait être mal briefé. Ne pas mentionner la réhabilitation du site Wageniad où en 1883, Henry Morton Stanley avait signé son entrée sur cette terre qui devint la capitale de la partie Est du Congo du roi Léopold II, a été mal perçu par l’opinion générale.
En 1958, le Roi Baudouin rendit hommage à ce peuple avant que le Marechal Mobutu n’immortalise les chutes de Wagenia à travers le billet de 50 Nouveau Makuta de la monnaie nationale. Ce site abandonné nécessite une réparation. Quelques Indiens et Chinois y passent prendre des feuilles sauvages pour la fabrication des médicaments et cachets de la médecine moderne.
Félix Tshisekedi aurait pu parler de la réhabilitation du bâtiment de la poste où il a majestueusement tenu son discours. C’est dans ce bâtiment que sont abandonnés les vraies et uniques reliques de Patrice-Emery Lumumba. Sa machine à écrire « Linea 88 » et son téléphone fixe de 1944. Dans ce bâtiments est aussi abandonnée la dernière lettre administrative de Patrice-Emery Lumumba, lettre écrite le 29 Septembre 1948 signée Le Sous-Percepteur P.H.LUMUMBA. Kisangani, la troisième ville universitaire, avec son Université Libre du Congo de 1963 entrée dans l’Union des Universités Nationales du Zaïre en 1971, mérite des discours hautement réfléchis répondant aux besoins du boyomais.
Besoins sociaux ignorés
Kisangani étant enclavée, manque de tout. Kisangani, Buta, Isiro, Bunia, toutes les quatre capitales des provinces issues de l’ancienne province orientale ne sont pas reliées entre elles. Les produits manufacturés arrivent par avion depuis Kinshasa et Goma. La route Kisangani-Epulu-Bafwasende-Niania-Bunia est un calvaire.
Pour parcourir la route Butembo-Kisangani, longue de 708 km, les commerçants affrontent des périples les plus cruels de leur calvaire. Ils endurent parfois un mois de voyage périlleux, sacs de haricot, de pommes de terre, ails et différents autres articles lourdement chargés. Des témoins affirment que plusieurs produits périssables pourrissent pendant le parcours.

Le problème de l’électricité de Kisangani est un handicap majeur pour le développement de la ville et ses environs. La centrale hydroélectrique de la Tshopo construite en 1954 est des plus vétustes du pays. La coopération technique Belge Enabel a essayé, sans succès, d’intervenir dans l’entretien de cette turbine qui ne sert que 2.5 MW sur 40 Mégawatts nécessaires pour alimenter la ville ayant pourtant la capacité de plus de 100 MW.
D’autre part, les entreprises Sotexki, Sorgeri, Unibra, Bralimasont à l’arrêt. La grande gloire de l’ex province orientale était entre autre la Sotexki (Société Textile de Kisangani), elle aussi tombée en faillite. La production du coton a été interrompue et les institutions d’agronomie sont également dans les oubliettes. Les concessions de la Société de Réalisation des Gérances et d’Investissements, (Sorgeri) ont été spoliées ;pillées par l’ancienne gouverneur Madeleine Nikomba Sabangu.
Du côté des matières premières, la production du diamant de Banalia est de moins en moins florissante. A plus de 130 km à l’Ouest de Kisangani, sur la route Buta, se trouve justement l’agglomération de Banalia, riche en diamant. Certains disent que c’est la même souche du diamant de joaillerie qui s’étend jusqu’à Bafwasende, Isangi et Opala.
Les diamantaires Indo-Pakistanais qui y avaient investis sont partis de Kisangani depuis des décennies, et la ville en subit encore les effets jusqu’à ce jour. La cimenterie de Maiko à 58 km de Kisangani produirait des milliers d’emplois. Un sol rare qui produirait du ciment de bonne qualité, manque une bonne politique industrielle nationale et provinciale.
L’agriculture est devenue un business des privilégiés. Les grands politiciens et hommes d’affaires achètent des terres dans la province de la Tshopo en silence mais en grande vitesse. Depuis quelques années, des autochtones vendent à vil prix les terres sur lesquelles quelque puissants commerçants qui y mènent différents projets agricoles au détriment de la population. Le partage de ces terres, sans un véritable arbitrage du cadastre agricole, est germe des prochains conflits.
Le port de Kisangani

Kisangani est aussi et surtout une destination fluviale. Entre 1883 et 1966 fut construit officiellement le port de Kisangani. Ce port était un lien avec la capitale Congolaise et le passage relié par des bacs vers la rive gauche pour enfin prendre le chemin de fer Kisangani-Ubundu sur 130 km par Kasese jusques dans le Maniema, dans les années 20. Le port est actuellement en état de délabrement accentué. Les vielles grues y sont restées pour les décors. Lourdes de leur passé glorieux.
A part ce que Félix Tshisekedi a dit sommairement dans son discours polémique, les besoins essentiels de Kisangani et de la province de la Tshopo ont carrément été éludés.
Ces ratés semblent être des faits Nangaa. Félix Tshisekedi veut faire oublier aux Boyomais que l’un des fils de l’ex province orientale est son opposant le plus farouche avec un mouvement politico-militaire qui a le vent en poupe ces derniers jours, avec son entrée dans le territoire de Walikale. Son discours aux allures guerrières n’était qu’une coïncidence. Faut-il donc se révolter pour mériter une attention en RDC, même si cosmétique ?
Jean-Leroux NTITA
