L’accumulation d’erreurs diplomatiques par le président de la République Démocratique du Congo a fini par attirer les projecteurs des puissances occidentales sur Corneille Nangaa, cet intellectuel congolais qui a choisi de tout abandonner pour mener une lutte armée contre le régime de Kinshasa. Pour les grandes puissances internationales, Félix Tshisekedi a perdu deux piliers majeurs, la confiance de son peuple et la crédibilité internationale à force de maintenir un ton oppressif vis-à-vis de l’opposition et de ses citoyens.
Les dernières apparitions publiques de Corneille Nangaa datent de plus d’un mois lorsqu’il était aperçu sur des chantiers de réhabilitation des routes et ponts ainsi que dans une cérémonie de prise d’armes dans le Rutshuru. Il y a trois semaines, Nangaa a signé un ordre de mission de cinq membres de son mouvement chargés de se rendre à Luanda pour y rencontrer le bureau du médiateur de l’Union Africaine dans la crise qui oppose le gouvernement de Kinshasa au Rwanda. Les cinq missionnaires de l’Alliance Fleuve Congo (AFC), avaient été envoyés en Angola à la demande expresse du président Joâo Lourenço. Un avion spécial avait été dépêché dans la région pour récupérer la délégation en vue de mieux cerner les revendications réelles de l’AFC dans la crise qui secoue actuellement la partie Est de la RDC. Une crise à laquelle s’ajoutent bien d’autres frustrations liées à la mauvaise gouvernance de Félix Tshisekedi.
Prêts à la guerre et au dialogue à la fois
Kinshasa avait pourtant été prévenu par le bureau du médiateur que les rebelles (révolutionnaires) seraient approchés pour crédibiliser durablement le cessez-le-feu sur le terrain des opérations militaires. Les échanges entre les représentants de Lourenço et les délégués de Corneille Nangaa seront houleux. Benjamin Mbonimpa, Secrétaire permanent de l’AFC y avait conduit une délégation composée de Lawrence Kanyuka, responsable du département de la communication et porte-parole du mouvement, Jean-Pierre Alumba Lukamba, responsable des questions politiques et diplomatiques, maître René Abandi et le colonel Imani Nzenze, respectivement cadres politique et militaire. Il s’agissait, « d’un acte de bonne foi vis-à-vis du médiateur angolais et de toute la communauté internationale », a rappelé un analyste politique basé à Nairobi.
Après deux jours de discussions, les envoyés de l’AFC sont retournés dans leur bastion de Rutshuru, sans contresigner l’accord de cessez-le-feu. Pour l’AFC, « l’accord négocié par les deux gouvernements n’avait pas pris en compte les revendications internes des congolais ». Pendant ce temps, Corneille Nangaa, Chef Politique du mouvement et Sultani Makenga, le chef d’état-major général des forces de l’Alliance n’ont pas changé de plan. Pour eux, la révolution devra libérer l’ensemble du territoire et instaurer un nouvel ordre politique qui rassure toutes les couches sociopolitiques de la RDC.
Le silence de guerre de Corneille Nangaa

Habitué à des sorties politiques et médiatiques anti-Tshisekedi, Corneille Nangaa observe depuis juillet 2024, une retenue de communication à tous les niveaux. Le chef de guerre serait-il entrain de préparer de nouvelles conquêtes militaires ou observerait-il une certaine pause face aux tractations diplomatiques du processus de Luanda ? Les informations recoupées dans les territoires de Masisi, Nyiragongo, Rutshuru et Lubero indiquent que les troupes de l’Alliance Fleuve Congo restent intactes et conservent avantageusement toutes leurs positions sur le terrain. En revanche, les forces gouvernementales n’ont toujours pas réussi à occuper ni à reprendre une seule entité conquise par l’AFC. Ce deuxième silence de Corneille Nangaa ressemble à celui vécu en janvier dernier lorsqu’une rumeur insistante avait annoncé sa mort dans les opérations militaires.
Corneille Nangaa avait effectué une apparition le samedi 3 février 2024 dans une vidéo, à travers laquelle il déclarait que ses troupes avaient pris le contrôle de la cité de Shasha, non loin de Saké sur la route reliant Goma à Bukavu, précisément à 33 km de Goma, dans la province du Nord-Kivu. Le silence de Nangaa passe désormais pour une stratégie de guerre étant donné que son dernier meeting populaire du 6 juillet 2024 dans les villes de Kanyabayonga et Kirumba, conquises pacifiquement par l’Armée Révolutionnaire Congolaise (ARC), branche armée de l’AFC, était intervenue à un moment où l’opinion congolaise s’impatientait de le voir progresser militairement sur le terrain.
Brique Lutandilafio
