La RDC a fait piètre figure à la Conférence de Bakou sur les changements climatiques COP29. Cette Conférence des Nations-Unies débutée le lundi 11 et qui se clôturera le vendredi 22 Novembre 2024 à Azerbaïdjan, a d’ailleurs été boycottée par plusieurs chefs d’état. Même le Président Félix Tshisekedi n’a pas été au rendez-vous, préférant y déléguer la première ministre Judith Suminwa.
À la Conférence de Bakou, la délégation congolaise de Kinshasa est allée remuer quelques malaises avec ses voisins de la région des grands lacs. Judith Suminwa ne s’est pas privée de dire que « C’est à cause du Rwanda qui fait la guerre à l’Est de la RDC que la RDC ne sait pas financer son secteur de l’environnement et de lutte contre le changement climatique ».
Le discours du gouvernement de Kinshasa est une rengaine de plus en plus inaudible, qui révèle le manque d’un programme précis dans le secteur de l’environnement, mais qui attend tout des aides extérieures. En Mai 2024, les services des nations-Unies avec le gouvernement congolais avaient tablé sur les marchés du carbone.
Pour préparer le chemin du développement des marchés du carbone en RDC, des mesures ont été prises par Kinshasa, notamment la promulgation des textes règlementaires suivants : Ordonnance-Loi No. 23/007 du 03 mars 2023 modifiant et complétant la Loi No. 11/009 du 09 juillet 2011 portant principes fondamentaux relatifs à la protection de l’environnement ; du décret No. 23/22 du 14 juin 2023 portant création, organisation et fonctionnement d’un établissement public dénommé Autorité de Régulation du Marché de Carbone en République Démocratique du Congo ainsi que l’arrêté interministériel de septembre 2023 des Ministères chargés de l’environnement et des finances, sur le partage de la quotité du bénéfice des crédits de carbone devant revenir à l’Etat congolais.
152 millions d’hectares de forêts non compensées

La République Démocratique du Congo (RDC) a un potentiel forestier d’environ 152 millions d’hectares, soit 60% des forêts du bassin du Congo (10% de l’ensemble des forêts tropicales du monde et 67% du territoire national. Plusieurs experts de l’environnement qui prennent part à la COP 29 constatent déjà que la RDC part perdante.
La première ministre de la RDC a beau fait de dire dans son discours le mardi 12 Novembre 2024 que la RDC devrait être récompensée pour son potentiel de deuxième poumon du monde. Pour elle, la RDC, en protégeant l’environnement, doit bénéficier des dividendes.
« Ceci est un rêve qui doit s’accompagner par des efforts nationaux ». Le jeudi 14 Novembre 2024, quelques sénateurs en séance ont effleuré cette question, en invitant que le gouvernement partage équitablement les dividendes de la protection de l’environnement.
Dans une interview exclusive préenregistrée sur RFI, diffusé ce samedi 16 novembre 2024, la Première Ministre Judioth Suminwa a encore une fois étalé sa confusion dans le traitement de la question environnementale en mettant dans le même traitement pêlemêle, l’exploitation forestière, la production pétrolière, la protection de l’écosystème et la délimitation des blocs gaziers et pétroliers sur la frontière Ougandaise.
Il faut, pourtant, faire une nette différence des réserves de l’or noir dans le parc national des Virunga (Nord-Kivu) estimées à plus de 6700 milliards de barils et les réserves du Lac Albert en Ituri estimées à 6,5 milliards de barils disputés avec l’Ouganda.
RDC, une souris naine

Sur la question de l’environnement, au niveau international, la RDC demeure une souris naine. En 2022, le dernier chiffre fourni par l’OCDE (Organisation de Coopération et de Développement Economique), les pays riches ont fourni 116 milliards de dollars d’aide pour le climat, remplissant avec deux ans de retard de leur promesse.
Sur ce total, plusieurs instituts de recherche ont tenté d’estimer quels pays développés faisaient leur « juste part », en rapportant leur aide actuelle à leurs émissions historiques de gaz à effet de serre, à leur richesse et à leur population.
La Norvège serait alors la meilleure élève, selon le classement de l’institut ODI pour 2022, suivie par la France et ses 11 milliards de dollars environ de finance climatique, soit le double de sa « juste part ».
Avant toutefois les coupes budgétaires annoncées pour 2025. L’Allemagne se classe 4e, avec 14 milliards. Les États-Unis (14 milliards, un tiers de leur « juste part » et la Grèce ferment la marche.Les pays développés estiment que leur groupe, établi formellement en 1992 dans la Convention de l’ONU sur le climat, mériterait, trois décennies plus tard, d’être élargi à la Chine et à d’autres pays riches émergents.
À défaut, que ces derniers s’engagent à contribuer avec la même transparence. « Depuis 2016, la Chine a fourni et mobilisé 177 milliards de yuans (environ 24,5 milliards de dollars) pour investir dans l’action climatique dans d’autres pays en développement », leur a répondu mardi le vice-premier ministre Ding Xuexiang, devant les chefs d’États réunis à Bakou. Un signal de bonne volonté envoyé par Pékin aux négociateurs des pays riches.
Mais 97 % de cette aide chinoise prend la forme de prêts, selon un rapport du Centre pour le développement mondial (CGD en anglais), basé à Washington. Les pays du Golfe, eux, restent discrets. Les Émirats arabes unis ont promis d’investir 30 milliards de dollars dans un fonds à leur main, à l’écart de la gestion multilatérale promue par l’ONU Climat.
Isolement diplomatique de Kinshasa sous Tshisekedi « A quoi ca sert d’aller dans des grandes rencontres sur le climat quand les autorités du pays sont accusées de corruption et de graves malversations », s’interroge Michel Lwambo Mulumba, acteur de la société civile à Kinshasa.
Eve Bazaiba, la ministre de l’environnement et développement durable, accusée depuis 2022 de détournement de l’argent de la vente de crédit carbone estime plutôt que, c’est grâce à elle que la tonne du crédit carbone qui était négociée à 2$ est passée à 17 $.
En marge de la Cop26 de Glasgow en Ecosse, Félix Tshisekedi avait signé en 2021 un accord de 500 millions de $ avec des bailleurs. Cet argent avait suscité des remous. Il avait été rapporté que c’est grâce à l’Ong Greenpeace que l’Inspection Générale des Finances avait obligé la ministre Bazaiba à concéder à un audit forestier.
Un autre défi, et non le moindre reste de nationaliser et de donner une carte d’identité nationale aux tourbières de la RDC, au fleuve Congo qui n’ont toujours pas de certificat d’identité Congolaise comme tout le patrimoine lacustre et forestier du pays. La RDC manque un vrai défenseur de sa richesse environnementale comme la célèbre défunte Wangari Maathai (1940-2011) du Kenya.
Jean Leroux NTITA
