Le Ministre de la communication et des médias de la République Démocratique du Congo s’est fait drastiquement rabrouer lors de l’Examen Périodique Universel (EPU) du Conseil des Droits de l’Homme des Nations-Unies (CDH) le mardi 05 Novembre 2024 à Genève. Patrick Muyaya s’est fait remonter les bretelles en voulant disserter une fois encore sur le Rwanda dans un débat sur les droits de l’homme exclusivement réservé à la RDC.
Les délégations de la République Démocratique du Congo aux différentes rencontres internationales passent d’humiliation en humiliations. Outre les différents rapports accablants sur les nombreuses violations des droits de l’homme en RDC sous la gouvernance Tshisekedi, le pays n’a pas réussi à redresser sa rhétorique internationale confondant régulièrement, les lieux et les sujets de leurs discours, dans les grandes rencontres du monde.
Après l’incident du 5 octobre dernier en France lors du sommet de la Francophonie dont le Chef de l’État congolais avait boycotté le dernier dîner au sujet du Rwanda, les dirigeants congolais ne semblent pas avoir tiré toutes les leçons.
Incriminer le Rwanda partout et dans toute circonstance
Le narratif du gouvernement de Kinshasa n’a pas évolué. Une intense manipulation de la population sur la base de pérégrinations des sujets achoppant sur les antécédents entre nations. Kinshasa articule des accusations et contre accusations entre pays en conflit comme des justificatifs d’état devant les instances du Conseil des Droits de l’Homme.
« La République Démocratique du Congo va siéger pendant trois ans au Conseil des Droits de l’Homme en se faisant évaluer par d’autres pays sur son bilan des droits de l’homme et recevant les recommandations des pairs ».
Malheureusement, les dirigeants Congolais n’ont pas encore convaincu d’une politique de promotion et de protection des droits humains. Les interventions du porte-parole du gouvernement convergent sur une seule cible, le Rwanda. Ce qui rend moins crédible toute évaluation objective de la vision gouvernementale en la matière et met le débat des conflits bilatéraux à la place qu’il ne faut pas.
« Ce sont 193 pays du monde qui doivent suivre l’évolution des droits humains en RDC et ceci requiert une préparation conséquente, des discours et des interventions de la plus grande transparence et de la plus haute sagesse », a souligné un analyste des questions de droits humains à Genève.
Kinshasa face à 45 recommandations pointues
Pour préparer son intervention au Conseil des Droits de l’Homme du 05 Novembre 2024, la RDC avait déjà reçu 45 recommandations dont 15 venues expressément du troisième cycle de ses assises.

Les pays du monde entier ont demandé au gouvernement de Kinshasa de protéger les défenseurs des droits humains, de garantir la liberté d’expression, d’en finir avec les tortures, les condamnations et la peine de mort, les emprisonnements arbitraires des opposants, les violences, les intimidations, les assassinats…
Mais hélas, entre Juin 2023 et Avril 2024 plus 387 cas d’intimidations, de menaces et de violences physiques avaient été enregistrés par le Bureau Conjoint des Nations-Unies pour les Droits de l’Homme (BCNUDH). Pour le ministre Patrick Muyaya, « C’est à cause du Rwanda que les droits de l’homme ne sont pas respectés par le gouvernement de Kinshasa ».
Les interventions du jeune ministre de la communication et des medias de surcroit porte-parole du gouvernement Congolais sur des sujets importants comme les droits humains ou la politique intérieure de la RDC et du monde diplomatique ont été mal appréciées puisque parfois assimilés aux canulars et puérilités.
Dans un langage peu diplomatique, le Jeune Ministre a usé d’un parler simpliste devant son auditoire, confondant la matière à son savoir-parler aux allures d’un m’as-tu-vu.
Débarqué à Genève avec une cohorte de journalistes bien trillés et une délégation pléthorique moins outillée sur les questions de droits de l’homme, la délégation congolaise a voulu parler politique dans un cercle exclusivement diplomatique truffé d’experts bien avertis.
Du 1er Vice-Président de l’assemblée nationale Jean-Claude Tshilumbayi au dernier des conseillers des ministres, « Ce n’était que des discours contre le Rwanda que la RDC a apporté au conseil des droits de l’homme tout en niant leurs propres responsabilités dans la descente aux enfers de la situation au pays ».
Aucun condamné à mort en RDC ?
« Personne n’a été condamné à mort en rapport avec le moratoire sur la peine de mort en RDC », a dit le Porte-parole du gouvernement devant le Conseil des droits de l’homme réuni. Cette affirmation mensongère est d’autant plus grave que risible lorsqu’on sait que des procès publics très condamnables ont abouti à des condamnations à la peine capitale.

En Août dernier, Corneille Nangaa, Coordonnateur de l’Alliance Fleuve Congo (AFC), a été reconnu coupable de crimes de guerre, de participation à une insurrection et de trahison. Monsieur Naanga et 19 autres accusés condamnés à mort étaient absents du procès car supposés être en fuite. L’audience à laquelle assistait le ministre de la justice Constant Mutamba, a vu son verdict condamné par la plupart des Etats du monde, particulièrement l’Union Européenne.
Tout récemment, le vendredi 13 septembre 2024, ce sont 37 autres personnes qui ont été condamnées à mort dans le procès de la tentative de coup d’état du 19 mai 2024, dont trois Américains, un Britannique et un Belge.
Sur son compte X le mercredi 10 Novembre 2024, le Ministre Patrick Muyaya a malicieusement sélectionné quelques extraits de son passage au conseil des droits de l’homme de Genève tout en mettant un bémol sur ses derniers dérapages verbaux.
C’est normal que le gouvernement de Kinshasa tombe dans son propre piège. Rien que sur la thématique du discours de haine, les délégués de Kinshasa se sont montrés moins prudents et insuffisamment informés de la situation réelle.
« N’est bon patriote que celui qui injurie le Rwanda, qui cite Paul Kagame ou qui assimile les révolutionnaires de l’AFC /M23 aux Rwandais », a réagi un américain d’origine congolaise basé à Chicago.
Résoudre la crise profonde de l’Est de la RDC n’est pas le souci primordial de Kinshasa et alors y ajouter l’évaluation des droits de l’homme ; c’est tourner autours du pot. Le porte-parole du gouvernement congolais a fait du narratif anti rwandais une seconde nature.
Avec Félix Tshisekedi, Il a induit tout un peuple en erreur en disant que les droits de l’homme seront observés en RDC quand le Rwanda n’y sera plus. Pour lui, l’AFC c’est le Rwanda. « Un syllogisme aux prémisses suicidaires », résume un fanatique de l’AFC à Kinshasa.
Jean Leroux NTITA
