Lors de son récent meeting à Kisangani, le président Félix Tshisekedi a lancé une nouvelle pique en qualifiant ses opposants de « pauvres » avec l’expression « ba opposants ya nzala ». Une déclaration qui a rapidement suscité des réactions, mais qui semble refléter un sentiment profond chez le chef de l’État congolais.
En effet, Tshisekedi connaît bien les difficultés financières qui accompagnent l’opposition en RDC. Lors de la campagne électorale de 2018, un certain 18 décembre, lors de son passage à Mbuji-Mayi, il avait lui-même admis manquer de moyens pour faire face aux dépenses nécessaires, contrairement à Emmanuel Ramazani Shadari, son adversaire soutenu par Joseph Kabila, qui disposait de ressources conséquentes pour parcourir le pays.
Plus encore, les années d’opposition de l’UDPS, le parti historique de son père Etienne Tshisekedi, ont souvent été marquées par une dépendance financière, notamment durant les négociations secrètes à Venise (Italie) puis à Ibiza (Espagne) en 2015, où l’UDPS avait été soutenue par des fonds venant du camp Kabila.
Entre 1980 et 1995, Étienne Tshisekedi, figure emblématique de l’opposition en RDC, recevait paradoxalement le soutien financier du Maréchal Mobutu, son « Ami-Ennemi ». Opposant de jour, allié de nuit, Tshisekedi a même eu pour filleul le fils de Mobutu, Kongolu Mobutu, surnommé « Saddam Hussein ».
Quant à Vital Kamerhe, évincé de la présidence de l’Assemblée Nationale en 2009, il a traversé une décennie de difficultés financières jusqu’au départ de Joseph Kabila. Le 7 avril 2017, la nomination de Bruno Tshibala, issu de l’UDPS, au poste de Premier ministre, lui a permis d’améliorer son quotidien en peu de temps. Ce changement de vie a illustré la transformation rapide de certains opposants en figures prospères, grâce au pouvoir. La remarque taquine d’Azarias Ruberwa en avril 2019, alors que Jean-Marc Kabund apprenait à monter à cheval chez un proche de Kabila, résumait bien cette réalité : « Vous voyez ce que donne le pouvoir ! »
Félix Tshisekedi est sans doute marqué par ses années de disette et connaît bien les opposants de son régime, avec qui il a partagé les mêmes difficultés à Kinshasa. Durant l’opposition de Moise Katumbi, qui avait quitté le PPRD de Joseph Kabila le 29 septembre 2015, l’ancien gouverneur du Katanga, doté d’une fortune conséquente, a pris en charge les frais de plusieurs opposants, y compris Tshisekedi. De 2015 jusqu’à la rencontre de Genève en novembre 2018, Félix Tshisekedi, qui vivait principalement du salaire de son épouse Denise Nyakeru, dépendait du soutien financier de Katumbi.
Pour Félix Tshisekedi, cette « Pauvreté » dépasse la simple question financière. Il semble également se référer à ce qu’il appelle une « Opposition ya PETE », une opposition qu’il considère sans impact réel. Ce manque de pouvoir de mobilisation dans la capitale, qui était autrefois un bastion de protestation sous Kabila, témoigne selon lui d’une faiblesse d’esprit chez ses rivaux. Le président estime que cette fragilité émotionnelle et psychologique, qu’il associe aux influences des églises de réveil, prive l’opposition d’une force de contestation efficace.
Toutefois, Tshisekedi est conscient qu’un opposant se démarque des autres par sa détermination et ses ressources : Corneille Nangaa, à la tête de l’AFC

Considéré comme le seul véritable rival, Nangaa incarne une opposition à la fois psychologiquement résiliente et financièrement indépendante. La crainte que Tshisekedi semble avoir envers lui est renforcée par le fait que l’État a saisi une partie des biens de Nangaa, mais cela n’a pas suffi à affaiblir sa volonté. Tandis que d’autres opposants se retrouvent en exil ou réduits au silence, Nangaa continue d’incarner une opposition qui préoccupe réellement le chef de l’État.
Ainsi, dans ce contexte politique très tendu, Félix Tshisekedi ne ménage pas ses rivaux, les désignant comme « Pauvres » ou « Fragiles » et soulignant ce qu’il perçoit comme une incapacité de leur part à représenter une menace sérieuse pour son régime.
Jean Placide Assumani
