
Depuis quelques jours, plusieurs personnalités politiques originaires des provinces du Kivu semblent faire l’objet d’une forte pression politique. Les dossiers impliquant Matata Ponyo, Vital Kamerhe puis Modeste Bahati Lukwebo suscitent inquiétude et interrogations quant aux intentions du pouvoir central.
Ancien Premier ministre et personnalité influente du Kivu, Matata Ponyo a dû s’exiler à la suite d’un procès aux conséquences lourdes sur sa carrière et sa liberté de mouvement. Ses soutiens dénoncent un acharnement politique destiné à l’écarter de la scène politique congolaise.
De son côté, Vital Kamerhe, l’une des figures majeures de la politique congolaise et ancien président de l’Assemblée nationale, il a été contraint à la démission après l’adoption d’une motion initiée par des élus proches de l’Union sacrée et de l’UDPS. Sa chute politique a surpris de nombreux observateurs, qui y voient une manœuvre d’affaiblissement des leaders hors de la sphère présidentielle.
Modeste Bahati Lukwebo, dernière cible en date, le deuxième vice‑président du Sénat a exprimé publiquement son opposition à une révision constitutionnelle prise comme un apport au débat national. Ses déclarations ont été sévèrement contestées par des membres de l’UDPS, qui l’ont accusé, entre autres, de complaisance envers des intérêts étrangers. Une procédure de destitution a été engagée, et Bahati a finalement préféré démissionner plutôt que d’affronter une humiliation publique.
Discours de haine et de stigmatisation contre les politiciens Swahiliphones
Les accusations publiques de collusion avec l’Alliance Fleuve Congo-Mouvement du 23 mars (AFC/M23) servent désormais d’arme et d’argument fondemental pour délégitimer des adversaires politiques, à mobiliser l’opinion contre eux, et à la qualifier des ennemis de la république.
Qu’il s’agisse d’une stratégie délibérée d’affaiblissement des leaders du Kivu ou d’une série de coups politiques opportunistes, la disparition progressive de figures politiques influentes de l’Est du pays pose un réel défi à la cohésion nationale.
Pour éviter une spirale de marginalisation et de confrontation, il est essentiel d’assurer la transparence des procédures, de préserver l’indépendance des institutions et d’engager un dialogue inclusif avec les acteurs du Kivu. Sans cela, le risque est grand que la politique congolaise se polarise davantage, au détriment de la stabilité et du développement.
Albert Maisha
